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	<title>Auteurs &#8211; Café Litté | Ta dose quotidienne de littérature !</title>
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	<title>Auteurs &#8211; Café Litté | Ta dose quotidienne de littérature !</title>
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		<title>« La Rosa Perdida » : une fiction où tout est vrai</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anna]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 Dec 2025 20:48:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités Littéraires]]></category>
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					<description><![CDATA[Le 14 janvier paraît La Rosa Perdida, premier roman de Christopher Laquieze, aux éditions JC Lattès. Figure influente de la littérature et de la philosophie sur les réseaux sociaux, l’auteur signe une fiction ancrée dans la mémoire latino-américaine, traversée par les récits transmis, les disparus et les silences de l’Histoire. Par le détour romanesque, il [...]]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le 14 janvier paraît <em>La Rosa Perdida</em>, premier roman de Christopher Laquieze, aux éditions <a href="https://www.editions-jclattes.fr/livre/la-rosa-perdida-9782709675222/" data-type="link" data-id="https://www.editions-jclattes.fr/livre/la-rosa-perdida-9782709675222/" target="_blank" rel="noopener">JC Lattès.</a> Figure influente de la littérature et de la philosophie sur les réseaux sociaux, l’auteur signe une fiction ancrée dans la mémoire latino-américaine, traversée par les récits transmis, les disparus et les silences de l’Histoire. Par le détour romanesque, il ne cherche pas tant à raconter qu’à faire éprouver &#8211; à approcher une vérité que seule la fiction peut parfois saisir. CaféLitté a choisi de rencontrer <strong>Christopher Laquieze</strong></strong> <strong>quelques semaines avant la parution, dans cet entre-deux singulier où le livre quitte son auteur sans encore appartenir tout à fait à ses lecteurs. Dans cette interview, <strong>il</strong> revient sur la genèse du roman, son rapport à l’écriture et son attachement profond à la littérature latino-américaine.</strong></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous êtes très suivi sur les réseaux sociaux pour votre travail d’influenceur littéraire. Qu’est-ce que cela change, intérieurement, de passer de celui qui parle des textes des autres à celui qui s’expose à travers le sien ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Christopher Laquieze</strong> : En réalité, ça change sans vraiment changer. D’abord parce que tout écrivain est un lecteur. Je connais très peu d’auteurs qui ont écrit sans avoir énormément lu auparavant. L’écriture et la lecture ont toujours été entremêlées pour moi, et je pense même qu’il est parfois plus difficile d’être un bon lecteur que d’être un bon auteur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’écris depuis toujours. L’écriture faisait déjà partie de ma vie bien avant que je parle de littérature sur les réseaux, même si je ne la rendais pas publique. Ce passage ne bouleverse donc pas profondément mon rapport intérieur à l’écriture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui change vraiment, en revanche, c’est le stress et l’angoisse liés à la sortie d’un premier roman. À partir du moment où le livre paraît, l’histoire ne nous appartient plus. Les personnages nous quittent, l’univers que l’on a créé va être habité par d’autres, et des lecteurs vont entrer dans ce monde sans que l’on sache comment ils vont appréhender l’écriture ou ce qui leur sera transmis. Et ça, forcément, c’est très angoissant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Votre visibilité implique déjà un regard posé sur vous. Ce regard a-t-il accompagné l’écriture, ou avez-vous dû l’oublier complètement pour écrire librement ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Christopher Laquieze</strong> : Je n’écris pas pour être publié, ni pour les autres. J’écris uniquement pour moi, parce que c’est une nécessité. En réalité, je n’ai pas le choix : écrire est quelque chose de plus fort que moi. Spinoza appellerait cela le <em>conatus</em>. Pour moi, mon conatus, c’est précisément celui d’écrire. Pendant l’écriture, je n’ai donc pas pensé au regard extérieur, ni à ma visibilité, ni à mon entourage. Je ne me suis pas demandé s’il fallait m’en détacher ou m’y raccrocher. J’ai écrit uniquement dans cette optique-là : écrire pour écrire, avec pour seul but sa propre cause.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="731" height="1024" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/IMG_8652-731x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-1399" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/IMG_8652-731x1024.jpeg 731w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/IMG_8652-429x600.jpeg 429w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/IMG_8652-768x1075.jpeg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/IMG_8652-1097x1536.jpeg 1097w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/IMG_8652-1463x2048.jpeg 1463w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/IMG_8652-scaled.jpeg 1828w" sizes="(max-width: 731px) 100vw, 731px" /></figure>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">© Christopher Laquieze</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>La Rosa Perdida</em> vous a demandé un an et demi de travail, de doutes et de ratures. À quel moment avez-vous compris que ce texte allait devenir un livre ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Christopher Laquieze</strong> : Ce livre est né d’un rêve. L’année précédente, j’ai perdu beaucoup de personnes : mon père, mon meilleur ami, puis un ami d’enfance. Ces pertes ont été un déclencheur. Elles m’ont donné l’envie — presque la nécessité — d’écrire, non plus seulement pour écrire, mais pour aller au bout de quelque chose. Produire un texte, un écrit, peut-être un livre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai commencé à écrire, et ce qui sortait était très sombre, très noir. J’avais du mal avec ce que je produisais. J’ai voulu en parler autour de moi, à des amis, à des éditeurs, pour avoir des retours. Un jour, j’ai croisé une amie écrivaine, Audrée Wilhelmy, et je lui ai envoyé le manuscrit sur lequel je travaillais. Elle m’a dit quelque chose de très juste, mais de très difficile à entendre : que parfois, on écrit des livres qui ne sont pas faits pour être publiés, mais pour comprendre quelque chose en soi, pour permettre ensuite d’écrire le bon livre. Sur le moment, j’ai eu beaucoup de mal à l’accepter ( cela faisait des mois que je travaillais sur ce texte, et on me disait qu’il n’était peut-être pas destiné à être publié ).&nbsp; Alors j’ai arrêté d’écrire. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis parti quinze jours à Amsterdam. J’y ai visité le musée de Van Gogh, avec un audioguide, car je connais très mal l’art. À un moment, devant une œuvre dont je ne me souviens plus, Van Gogh <em>expliquait </em>qu’il cherchait à produire son art avec <em>la simplicité d’un souffle.</em> Cette phrase m’a profondément marqué. Elle me paraissait presque intangible, tant l’écriture, pour moi, était associée à la souffrance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De retour en France, à Bordeaux, je suis allé dans une librairie. J’ai expliqué à un ami libraire que j’avais besoin de lire quelque chose qui me fasse du bien, que j’étais assez déprimé par ce que je traversais. Il m’a alors conseillé <em>Chronique d’une mort annoncée</em> de Gabriel García Márquez. Je connaissais l&rsquo;auteur, mais je n’avais jamais lu ce livre.&nbsp; Donc je l’ai pris, je suis rentré chez moi et je l’ai lu. Cette nuit-là, j’ai fait une insomnie. J’ai été frappé par la construction narrative, par la force du livre. Il n’y a pas toujours de raison précise pour expliquer pourquoi certains livres nous parlent plus que d’autres, mais celui-ci a déplacé quelque chose en moi, a ouvert quelque chose — sans que je sois capable de dire exactement quoi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai très mal dormi. La nuit suivante, en revanche, j’ai dormi profondément et j’ai fait énormément de rêves. Au réveil, immédiatement, une idée s’est imposée à moi. J’ai pris quatre ou cinq feuilles A4 que j’ai scotchées entre elles pour en faire une sorte de grand tableau. J’y ai collé des post-it, avec les noms des personnages, des toponymes, des éléments de l’histoire. En une heure, j’avais une vision d’ensemble, les prémices de quelque chose de très clair.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">C’est de là qu’est né « <em>La Rosa Perdida</em> ». Dès le lendemain, l’écriture s’est imposée comme une nécessité absolue. J’avais l’histoire, il fallait que je l’écrive. Et cette fois, pour la première fois, il y avait <em>cette simplicité d&rsquo;un souffle</em> dont parlait Van Gogh. Je l’ai réellement ressentie. </p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai écrit le manuscrit en un mois environ. Un mois d’écriture continue ( je parle ici uniquement du processus d’écriture ). Quand j’ai ensuite envoyé le manuscrit à des amis éditeurs, les retours ont été immédiats. Plusieurs maisons d’édition se sont manifestées. J’ai finalement choisi de travailler avec JC Lattès, parce que je m’entendais très bien avec mon éditrice et que j’estimais profondément son travail. Il y avait de vraies affinités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est alors qu’a commencé le véritable travail : celui de la reprise. Pendant huit à neuf mois, nous avons retravaillé le texte, l’écriture, la structure. C’était intense. À la fois très plaisant et très difficile. Difficile parce qu’on relit son livre une vingtaine de fois. À force, on a l’impression qu’il est mauvais. On le connaît presque par cœur, on décèle sans cesse de nouveaux défauts, on a envie de modifier encore et encore. La relecture devient interminable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je repensais alors à Borges, qui disait que<em> si l’on publie des livres, ce n’est pas pour passer toute sa vie à faire des brouillons.</em> À un moment donné, j’ai compris que si je continuais ainsi, je serais encore en train de retravailler ce texte dans cinquante ans. Il fallait donc accepter de mettre un point final.</p>



<figure class="wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="768" height="1024" data-id="1398" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/IMG_8346-768x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-1398" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/IMG_8346-768x1024.jpeg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/IMG_8346-450x600.jpeg 450w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/IMG_8346-1152x1536.jpeg 1152w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/IMG_8346-1536x2048.jpeg 1536w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/IMG_8346-scaled.jpeg 1920w" sizes="(max-width: 768px) 100vw, 768px" /></figure>
</figure>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">© Christopher Laquieze – archives personnelles</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous évoquez, à travers ce roman, une mémoire et une culture latino-américaines que l’on connaît finalement assez mal en France. <em>La Rosa Perdida</em> est-elle aussi, pour vous, un geste de transmission ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Christopher Laquieze</strong> : En réalité, ce lien avec la littérature latino-américaine est profondément intime. Du côté de mon père, je viens d’une famille d’immigrés italiens ; du côté de ma mère, d’une famille créole malgache. Toute mon enfance a été bercée par des légendes, des mythes, des histoires transmises oralement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai grandi avec ma grand-mère, qui me racontait chaque soir des récits fantastiques, des histoires étranges, parfois effrayantes, qu’elle tenait elle-même de son père, et lui du sien. Il y avait, d’un côté, des légendes italiennes, et de l’autre, du côté créole de mon grand-père, un univers encore plus marqué par la superstition. Ce dernier est né à Madagascar. Il a connu sa mère, mais jamais son père. Très jeune, il est tombé gravement malade. Il est alors parti à Majunga, dans un petit village malgache que l’on disait être une sorte de forêt de sorciers. Il y est resté plus d’un an, et il en est revenu guéri. Un jour, un sorcier serait venu le voir en lui disant : « Demain, tu vas mourir. » Mon grand-père lui aurait répondu : « Non, c’est toi qui mourras demain. » Et, selon le récit familial, le sorcier est effectivement mort le lendemain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce type d’histoires a profondément marqué mon enfance. Mon grand-père avait même inventé un personnage, Jakubeb, qu’il présentait comme un ami d’enfance. À travers lui, il racontait des histoires, se racontait lui-même. J’ai découvert bien plus tard, des années après sa mort, que Jakubeb n’avait jamais existé. C’était une sorte de double, un masque narratif qui lui permettait de transmettre son vécu autrement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La superstition faisait tellement partie de notre quotidien que je me souviens d’un épisode très précis : ma mère adorait les masques africains et en avait accroché partout dans la maison. À cette période, toute la famille tombait malade, les problèmes de santé se multipliaient. Mon grand-père en a conclu que ces masques portaient de mauvais esprits. Il les a tous sortis dans le jardin et les a brûlés, en récitant des incantations, pour chasser ce qu’il pensait être une malédiction. J’ai donc grandi dans un univers où le fantastique, le lyrique, la légende faisaient partie du réel. Où l’on ne séparait pas strictement le rationnel de l’imaginaire. Et lorsque j’ai commencé à lire la littérature latino-américaine, j’ai eu une impression très forte : celle qu’on parlait de moi, de ma famille. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand je lis García Márquez, Juan Rulfo ou d’autres auteurs latino-américains, j’ai l’impression d’entendre mon grand-père me raconter des histoires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce mélange du réel et de l’onirique, du fantastique et du magique m’a immédiatement semblé familier. C’est là qu’est né mon amour pour la littérature latino-américaine. D’autant plus que j’ai ensuite vécu plusieurs années en Amérique latine, au Costa Rica, au Mexique, au Nicaragua.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Finalement, écrire dans cet imaginaire-là, c’est pour moi une manière de reconnaissance. La seule manière que j’ai trouvée pour parler de ma famille, de mon enfance, de ce qui m’est le plus intime, a été de passer par l’Amérique latine. De m’en extraire pour pouvoir dire quelque chose de profondément intime.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous dites vouloir écrire une fiction pour parler du réel…&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Christopher Laquieze</strong> : Exactement. C’est une fiction où tout était vrai. Rien n’est réel au sens strict : les personnages n’existent pas, le village n’existe pas. Et pourtant, chaque personnage est une ombre, un reflet d’un versant de l’Histoire qui s’est réellement produit en Amérique latine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense aux dictatures de Pinochet, de Videla. Je pense à tout ce qui s’est joué en Amérique latine et qui touche à une certaine sensibilité du monde : notre rapport à l’autre, notre rapport à la nature, parfois plus animiste, encore une fois ce rapport superstitieux aux religions. Dans mon roman, Dieu a disparu. Dieu n’est pas là. Il a déserté les rues.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la fin du livre, il y a d’ailleurs un discours — qui a été pour moi une forme de genèse du roman. Il est attribué à Ibérico Saint-Jean, gouverneur de la province de Buenos Aires dans les années 1970, sous la dictature de Videla, qui avait déclaré : « D’abord, nous tuerons les subversifs. Ensuite leurs collaborateurs. Puis leurs sympathisants. Puis ceux qui demeurent indifférents. Et enfin, nous tuerons les indécis. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce discours a été prononcé dans un contexte bien réel. Il y a eu des camps de tortures, des milliers de disparus. Et ces disparus, pour moi, reviennent sous forme de fantômes dans le roman &#8211; pour parler, pour témoigner. Je pense aussi aux Montoneros, ce mouvement péroniste actif pendant la dictature de Videla en Argentine. Chaque personnage du livre est ainsi l’écho d’un versant de l’Histoire, de ce que différents pays d’Amérique latine ont traversé. La fiction me permet de faire résonner ces réalités autrement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous n’écrivez pas pour les autres, mais d’abord par nécessité. Pourtant, une fois le livre publié, il rencontre des lecteurs. Sans chercher à transmettre un message, est-ce que vous espérez malgré tout provoquer quelque chose chez eux ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Christopher Laquieze</strong> : La raison pour laquelle j’écris est double. D’abord, il y a une nécessité. Et puis, il y a aussi un retour à l’enfance. En écrivant, je reviens à ces moments où mes grands-parents me racontaient des histoires.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">J’aimerais que les lecteurs entrent dans ce monde comme on entre dans un rêve : sans vraiment savoir comment, sans vraiment savoir pourquoi, et qu’ils restent intrigués par une histoire qui est une pure fiction, mais qui parle évidemment du réel.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ce que Vargas Llosa appelait <em>le mentir-vrai</em> : inventer pour atteindre une forme de vérité plus profonde. Faire entrer le lecteur dans un monde qu’il ne connaît pas forcément, dans une culture qu’il ne maîtrise peut-être pas — d’autant plus qu’en France, on est assez éloigné de cette culture-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’aimerais que le récit soit reçu comme une histoire racontée par une grand-mère ou un grand-père, autour d’un feu de cheminée, ou dans le lit, juste avant de s’endormir. Une histoire tragique, celle qui pose cette question : pourquoi un fils fait-il pendre sa mère au milieu du village ? Est-ce par amour ou par vengeance ? C’est toute l’idée du livre. Une forme d’Œdipe en Amérique latine.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="768" height="1024" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/3D965A87-31AB-42AA-ABC1-D0D253FD3C5A-768x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-1397" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/3D965A87-31AB-42AA-ABC1-D0D253FD3C5A-768x1024.jpeg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/3D965A87-31AB-42AA-ABC1-D0D253FD3C5A-450x600.jpeg 450w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/3D965A87-31AB-42AA-ABC1-D0D253FD3C5A-1152x1536.jpeg 1152w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/12/3D965A87-31AB-42AA-ABC1-D0D253FD3C5A.jpeg 1200w" sizes="(max-width: 768px) 100vw, 768px" /></figure>



<div style="height:21px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sur le bandeau du livre figure une phrase de <a href="https://www.radiofrance.fr/personnes/miguel-bonnefoy" data-type="link" data-id="https://www.radiofrance.fr/personnes/miguel-bonnefoy" target="_blank" rel="noopener">Miguel Bonnefoy</a> à propos de <em>La Rosa Perdida</em>. Qu’est-ce que cette reconnaissance représente pour vous, surtout pour un premier roman ? Et avez-vous déjà reçu d’autres retours marquants, de votre entourage ou du milieu littéraire, alors même que le livre n’est encore qu’en précommande ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Christopher Laquieze</strong> : Avec Miguel, c’est avant tout une histoire d’amitié. J’ai une immense estime pour lui, autant sur le plan humain que littéraire. Je me souviens qu’un jour, en citant un ami commun, le journaliste Nicolas Carreau, il évoquait ce qu’il appelait des « livres diapasons » : des livres qui donnent la première note à une écriture, qui permettent ensuite d’accorder le reste. Des livres fondateurs, profondément influents. Les livres de Miguel ont été, pour moi, des livres diapasons.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-tiktok wp-block-embed-tiktok"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="tiktok-embed" cite="https://www.tiktok.com/@chrislaquieze/video/7495781068642061590" data-video-id="7495781068642061590" data-embed-from="oembed" style="max-width:605px; min-width:325px;"> <section> <a target="_blank" title="@chrislaquieze" href="https://www.tiktok.com/@chrislaquieze?refer=embed" rel="noopener">@chrislaquieze</a> <p>Connais tu les « livres diapasons » ? Interview avec Miguel Bonnefoy (Retrouvez la vidéo entière sur ma chaîne YT)  @editionsrivages <a title="litterature" target="_blank" href="https://www.tiktok.com/tag/litterature?refer=embed" rel="noopener">#litterature</a> <a title="lecture" target="_blank" href="https://www.tiktok.com/tag/lecture?refer=embed" rel="noopener">#lecture</a> <a title="citation" target="_blank" href="https://www.tiktok.com/tag/citation?refer=embed" rel="noopener">#citation</a> <a title="miguelbonnefoy" target="_blank" href="https://www.tiktok.com/tag/miguelbonnefoy?refer=embed" rel="noopener">#miguelbonnefoy</a> <a title="lire" target="_blank" href="https://www.tiktok.com/tag/lire?refer=embed" rel="noopener">#lire</a> <a title="booktok" target="_blank" href="https://www.tiktok.com/tag/booktok?refer=embed" rel="noopener">#booktok</a> <a title="booktokfr" target="_blank" href="https://www.tiktok.com/tag/booktokfr?refer=embed" rel="noopener">#booktokfr</a></p> <a target="_blank" title="♬ son original - Chris Laquieze" href="https://www.tiktok.com/music/son-original-7495781064162560790?refer=embed" rel="noopener">♬ son original &#8211; Chris Laquieze</a> </section> </blockquote> <script async src="https://www.tiktok.com/embed.js"></script>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Avoir aujourd’hui son retour, son soutien pendant l’écriture, son accompagnement moral, c’est quelque chose de très fort. C’est un homme exceptionnel, et j’ai eu énormément de chance d’être entouré par quelqu’un comme lui à ce moment-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour l’instant, j’ai surtout reçu beaucoup de retours de la part des libraires, et c’est très précieux. Je sais aussi qu’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ad%C3%A9la%C3%AFde_de_Clermont-Tonnerre" data-type="link" data-id="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ad%C3%A9la%C3%AFde_de_Clermont-Tonnerre" target="_blank" rel="noopener">Adélaïde de Clermont-Tonnerre,</a> qui a reçu le prix Renaudot cette année, a parlé du livre et en a fait des éloges lors de ses Rendez-vous. Évidemment, cela me touche énormément. D’ailleurs, je vais prochainement faire une conférence avec elle dans le cadre d’un salon.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le livre va maintenant à la rencontre de ses lecteurs. Quelles sont les premières dates à retenir pour celles et ceux qui souhaitent vous rencontrer lors de signatures ou d’événements autour de </strong><strong><em>La Rosa Perdida</em></strong><strong> ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Christopher Laquieze</strong> : Il y a plusieurs rendez-vous, mais deux dates principales à retenir. <a href="https://www.icigrandsboulevards.fr/post/3781/rencontre-et-dedicace-avec-christopher-laquieze" data-type="link" data-id="https://www.icigrandsboulevards.fr/post/3781/rencontre-et-dedicace-avec-christopher-laquieze" target="_blank" rel="noopener">La première est celle de la soirée de lancement, qui aura lieu le mercredi 14 janvier 2026, jour de la sortie du roman. Une rencontre suivie d’une dédicace est organisée de 19 h à 21 h à la librairie Ici, à Paris. </a>C’est un moment ouvert à toutes et à tous. La seconde date importante à retenir est le 28 janvier, à Bordeaux, à la librairie Mollat, pour une nouvelle rencontre avec les lecteurs autour du livre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sont les deux premiers temps forts, et d’autres rencontres viendront ensuite accompagner la sortie du roman.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.editions-jclattes.fr/livre/la-rosa-perdida-9782709675222/?hbb-open=button0" data-type="link" data-id="https://www.editions-jclattes.fr/livre/la-rosa-perdida-9782709675222/?hbb-open=button0" target="_blank" rel="noopener">→ <strong>Précommander le livre</strong></a></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-tiktok wp-block-embed-tiktok"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="tiktok-embed" cite="https://www.tiktok.com/@chrislaquieze/video/7583761274480168214" data-video-id="7583761274480168214" data-embed-from="oembed" style="max-width:605px; min-width:325px;"> <section> <a target="_blank" title="@chrislaquieze" href="https://www.tiktok.com/@chrislaquieze?refer=embed" rel="noopener">@chrislaquieze</a> <p>Je sors mon premier roman. Et je n’arrive toujours pas à y croire. Un an et demi de travail acharné. Un an et demi à chercher, raturer, douter, recommencer. Un an et demi à tenter d’accoucher, tant bien que mal, d’un texte qui me ressemble vraiment. Aujourd’hui, je suis à la fois heureux, fier, et profondément ému de vous présenter La Rosa Perdida aux @editionsjclattes  Ce livre est né d’un rêve. Un matin de novembre, je me réveille avec cette sensation étrange d’avoir vécu une autre vie pendant la nuit, comme si le rêve refusait de s’éteindre avec le jour. J’ai alors scotché quatre feuilles entre elles, attrapé des post-it, un crayon en bois, et je me suis lancé avec une seule obsession en tête : « Écrire une fiction où tout serait vrai. » Et pendant un an et demi, grâce à une éditrice qui ne m’a jamais lâché (@mariegree_ )— comme une sœur avec qui l’on débat, doute, se blesse parfois, mais avance toujours —, grâce à une directrice (@veroniquecardi ) qui a su voir dans ce texte un univers qui m’est propre, La Rosa Perdida est devenu réel. Il y aurait tant de personnes à remercier que ce post n’y suffirait pas. La dernière page du livre leur est consacrée. Elle leur appartient. Le roman est désormais disponible en précommande. (Sortie officielle le 14 Janvier). Le lien est dans ma bio.  Et je crois pouvoir dire, sans trembler, que je n’ai jamais écrit quelque chose d’aussi intime. De lecteur, je suis devenu auteur. Et j’ose espérer que mon monde, aussi étrange et farfelu soit-il, viendra toucher, quelque part, un recoin de votre cœur. Merci à vous. Merci à tous. <a title="premierroman" target="_blank" href="https://www.tiktok.com/tag/premierroman?refer=embed" rel="noopener">#premierroman</a> <a title="booktok" target="_blank" href="https://www.tiktok.com/tag/booktok?refer=embed" rel="noopener">#booktok</a> <a title="lecture" target="_blank" href="https://www.tiktok.com/tag/lecture?refer=embed" rel="noopener">#lecture</a> <a title="livre" target="_blank" href="https://www.tiktok.com/tag/livre?refer=embed" rel="noopener">#livre</a> <a title="litterature" target="_blank" href="https://www.tiktok.com/tag/litterature?refer=embed" rel="noopener">#litterature</a> </p> <a target="_blank" title="♬ son original - Chris Laquieze" href="https://www.tiktok.com/music/son-original-7583761280352193303?refer=embed" rel="noopener">♬ son original &#8211; Chris Laquieze</a> </section> </blockquote> <script async src="https://www.tiktok.com/embed.js"></script>
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		<title>« La Littérature, c’est un Immense Territoire de Liberté. » : Marc Levy</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anna]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 08 Mar 2025 12:22:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Nouveaux Livres]]></category>
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					<description><![CDATA[L’auteur français le plus lu au monde, Marc Levy, signe son 26e roman, une comédie engagée où la fiction s’entrelace avec l’actualité. À travers l’histoire de Mitch, un libraire passionné, il met en lumière la lutte contre une censure grandissante, inspirée par une loi américaine interdisant des milliers de livres dans les écoles et les [...]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’auteur français le plus lu au monde, Marc Levy, signe son 26e roman, une comédie engagée où la fiction s’entrelace avec l’actualité. À travers l’histoire de Mitch, un libraire passionné, il met en lumière la lutte contre une censure grandissante, inspirée par une loi américaine interdisant des milliers de livres dans les écoles et les bibliothèques. Dans cette interview, l’auteur, qui a conquis les lecteurs du monde entier, nous parle du pouvoir des mots, de la résistance qui anime son récit et de la magie intemporelle de la littérature.</strong></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Votre nouveau roman, <em>La librairie des livres interdits</em>, est un vibrant hommage à la littérature, à la résistance et à l’amour. Si l’histoire relève de la fiction, un détail nous ancre immédiatement dans la réalité : <em>HB 1467</em>. Pourquoi avoir choisi d’introduire cet élément très concret dans un roman qui, par ailleurs, semble se situer hors du temps et de l’espace ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marc Levy : </strong>Il y a deux ans, j’ai découvert la promulgation de la loi HB 1467 en Floride, qui a depuis fait des émules dans un certain nombre d&rsquo;États américains. Cette loi permet aux pouvoirs ultraconservateurs d’interdire l’accès à certains livres dans les bibliothèques scolaires, les établissements scolaires et même les bibliothèques publiques pour les mineurs. Ce qui m’a immédiatement frappé, c’est la liste des ouvrages bannis et les raisons invoquées pour leur interdiction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Floride, le gouverneur Ron DeSantis refuse de légiférer sur les armes semi-automatiques, malgré l’ampleur des fusillades dans les écoles. Selon lui, interdire ces armes reviendrait à restreindre les libertés individuelles. Pourtant, dans le même temps, il n’hésite pas à priver les enfants de certains livres, comme si ces derniers représentaient une menace plus grande que des armes automatiques ou semi-automatiques. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Plutôt que d’écrire un document sur la censure, ce qui aurait été aride, j’ai voulu comprendre pourquoi un petit dictateur en puissance, redoute davantage les mots que les balles. Cette réflexion a donné naissance à l’envie d’écrire un roman sur le formidable pouvoir des mots et de la lecture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On parle beaucoup des réseaux sociaux et des smartphones, mais on oublie souvent la force insoupçonnée contenue dans les pages d’un livre. Les livres sont d’abord un outil de résistance : résistance à la haine, à la peur, au stress et aux angoisses distillés par les réseaux sociaux. Mais ils offrent aussi un horizon, une richesse que l’on sous-estime parfois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ainsi qu’est né ce roman, une comédie sur l’amour des livres, conçue pour donner envie de lire. Mais elle s&rsquo;inspire de cette réalité consternante aux États-Unis.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-6-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-1043" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-6-1024x576.jpg 1024w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-6-600x338.jpg 600w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-6-768x432.jpg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-6.jpg 1280w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans ce roman, les livres sont des symboles de liberté et de résistance à l’autoritarisme. Pourquoi, encore aujourd’hui, sont-ils perçus comme une menace par certains régimes ou courants de pensée ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marc Levy : </strong>Orwell l’avait déjà très bien expliqué dans <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/1984_(roman)" data-type="link" data-id="https://fr.wikipedia.org/wiki/1984_(roman)" target="_blank" rel="noopener">1984</a></em> : la dictature repose sur une pensée unique. Elle a besoin de désigner une minorité pour en faire son ennemi, faute de pouvoir proposer un véritable programme de vie à la société. Ainsi, son programme se construit autour de la désignation de cet ennemi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite, toutes les dictatures de l’Histoire ont échoué, mais leurs dirigeants ne veulent surtout pas que cela se sache. C’est là que les livres deviennent une menace. La dictature et l’autocratisme reposent sur la peur. Sans peur, un régime autoritaire ne fonctionne pas. Il doit terroriser pour s’imposer. C’est pourquoi les partis extrémistes, qu’ils soient d’extrême droite ou d’extrême gauche, commencent toujours par instiller la peur : peur de l’autre, peur d’une minorité présentée comme une menace pour votre modèle de vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais pour entretenir cette peur, il faut maintenir les gens dans l’ignorance. Si vous lisez les romans de Toni Morrison, vous ne pouvez plus être raciste. Si vous lisez <em>Le Journal d’Anne Frank</em>, vous ne pouvez plus être antisémite. Si vous découvrez, à travers la littérature, les réalités de l’époque franquiste, vous ne pouvez plus adhérer aux extrêmes droites religieuses. De même, si vous lisez des ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale et comprenez la faillite morale du nazisme, vous ne vous demanderez plus si Elon Musk a fait ou non un salut nazi : vous saurez le reconnaître.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Empêcher de lire ces livres, c’est le seul moyen pour les dictateurs de maintenir l’ignorance et, par conséquent, de cultiver la peur. La haine est facile à instiller : il suffit de convaincre quelqu’un qui n’a jamais eu l’opportunité de lire que le livre est l’ennemi du peuple. Ainsi, les dictateurs ont toujours eu peur des livres.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Empêcher de lire ces livres, c’est le seul moyen pour les dictateurs de maintenir l’ignorance et, par conséquent, de cultiver la peur. [&#8230;] Les dictateurs ont toujours eu peur des livres.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Au moment de l&rsquo;invasion de l&rsquo;Ukraine par la Russie, le gouvernement de Poutine met en place un programme de déportation de 40 000 enfants ukrainiens. Évidemment, cette réalité est ignorée, niée et incomprise. Poutine&nbsp; présente cela à son peuple comme une opération de sauvetage, prétendant que ces enfants ukrainiens sont pris en charge et protégés. C’est le mensonge, la désinformation pure et simple. Ainsi, certains citoyens russes, de bonne foi, croient réellement que la Russie agit pour le bien de ces enfants abandonnés, orphelins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon roman, <em><a href="https://www.marclevy.com/livres/la-symphonie-des-monstres/" data-type="link" data-id="https://www.marclevy.com/livres/la-symphonie-des-monstres/" target="_blank" rel="noopener">La Symphonie des monstres,</a></em> qui repose sur une enquête, raconte une histoire bien différente. Il plonge le lecteur dans la vie d’une femme infirmière, travaillant dans un dispensaire dans une région ukrainienne occupée par les Russes. Un matin, son petit garçon est kidnappé à l’école et envoyé en Russie. Le roman suit alors l’histoire de la sœur de ce garçon, une adolescente, et de cette femme infirmière qui vont tout faire pour récupérer le petit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi je vous parle de ce roman ? Parce que, quelle que soit votre nationalité – russe, espagnole, italienne, anglaise ou allemande – lorsque vous entrez dans la vie de cette femme, de cette jeune adolescente, et dans la tête de ce petit garçon kidnappé, tout disparaît : les religions, les couleurs de peau, les nationalités, les origines. Ce qui reste, c’est l’essentiel. Et vous ne pouvez pas rester insensible à cette monstruosité. Les auteurs de cette horreur ne veulent surtout pas que vous y accédiez. C’est pourquoi ce livre est censuré en Russie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous avez cependant réussi à rendre ce livre accessible à vos lecteurs russes…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marc Levy : </strong>Oui, nous avons réussi à le rendre gratuitement accessible en ligne, et ce, sur un grand nombre de plateformes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans mon nouveau livre, lorsque je raconte l’histoire de ce libraire qui entre en résistance, l’intention est la même : susciter le désir de lire. Faire comprendre à ceux qui, aujourd’hui, se laissent détruire par la haine et la désinformation des réseaux sociaux, que dans les livres, ils trouveront la paix, le bonheur, et surtout une envie d’aimer, plutôt que de nourrir une soif de détester.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je n’ai pas beaucoup de certitudes dans la vie, j’ai même souvent des doutes. Mais une chose dont je suis sûr, c’est que l’on vit beaucoup plus heureux en aimant qu’en haïssant. Je n’ai jamais rencontré de personnes haineuses vraiment heureuses. Bien sûr, j’en ai vu qui paraissaient satisfaites, mais cette satisfaction était illusoire. Quand on observe les présentateurs de Fox News, avec toute cette haine qui les anime, ils semblent très sûrs d’eux… mais ce ne sont clairement pas des gens heureux. Leur visage trahit l’absence de bonheur.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-7-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-1044" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-7-1024x576.jpg 1024w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-7-600x338.jpg 600w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-7-768x432.jpg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-7.jpg 1280w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La résistance, qu’elle s’exprime face à l’oppression, à l’injustice ou dans des combats plus intimes, traverse votre œuvre comme un fil rouge, y compris dans votre dernier roman. Qu’est-ce qui fait de ce motif une nécessité pour vous</strong> ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marc Levy :</strong> À 18 ans, lorsque je suis entré à la Croix-Rouge, j&rsquo;ai vécu quelque chose de fondamental. À l&rsquo;adolescence, on traverse souvent cette période où l’on se pose des questions existentielles : qui suis-je, quel est mon rôle parmi des milliards de personnes, que vais-je faire de ma vie ? Étrangement, la réponse à ces questions m&rsquo;est venue au moment où je me suis occupé d’autrui. Dès lors, mon centre de gravité a basculé, non plus vers moi-même, mais vers les autres. Ce que j&rsquo;ai découvert à ce moment-là, c&rsquo;est que beaucoup de bonheur se trouve dans le fait de se soucier des autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&#8217;empathie est un moteur extraordinaire. Et la manière dont elle nous porte dans la vie est véritablement frappante. Prenez un exemple simple : dans le métro, lorsqu&rsquo;une personne est agressée, qu&rsquo;est-ce qui fait que certains restent là, indifférents, tandis que d&rsquo;autres se lèvent pour intervenir ? Il suffit qu&rsquo;une seule personne se lève pour que tout un mouvement se crée, et qu&rsquo;une atrocité soit empêchée. Ce sentiment de résistance, je crois qu&rsquo;il est en chacun de nous, et le fait de ne pas l’utiliser me semble être un gâchis. Après, bien sûr, chacun agit comme il l&rsquo;entend, mais pourquoi ai-je choisi cette voie ? Parce qu&rsquo;en rejoignant la Croix-Rouge, j&rsquo;ai découvert un bonheur immense à me soucier des autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela a donné un sens profond à ma vie. Il est facile de se dire qu&rsquo;on n&rsquo;a rien à faire des souffrances des autres, des gens qui meurent de faim à des milliers de kilomètres. Mais pour ma part, je ne peux pas me résoudre à cette indifférence. Je n’ai pas le choix, cette réalité me hante.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">[&#8230;] Ce sentiment de résistance est en chacun de nous, et ne pas l’utiliser serait un véritable gâchis.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, on ne peut pas résoudre tous les problèmes du monde ni effacer toute la misère, mais chaque geste, chaque petite action a son importance. C’est déjà une victoire de faire ce qu’on peut, à notre échelle. Pour ma part, j’essaie de contribuer à ma manière, à ma façon, en croyant profondément à cette résistance individuelle qui, lorsqu’elle se rassemble, devient une résistance collective. Et c’est justement ce que les dictatures et les autocrates redoutent : l&rsquo;idée que les gens puissent envisager une alternative à leur pouvoir. Le système vacille dès que les individus se réveillent, prennent conscience qu&rsquo;ils ne sont pas seuls. C’est à ce moment-là que tout peut basculer. Les révolutions prennent forme quand les gens comprennent qu’ils partagent la même souffrance, qu&rsquo;ils sont nombreux à faire face à la même injustice. C’est ce réveil collectif qui permet de renverser les choses.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les personnages de </strong><strong><em>La librairie des livres interdits </em></strong><strong>sont à la fois fascinants et engagés. Sont-ils purement fictifs, ou s’inspirent-ils de personnes réelles ou d’événements précis ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marc Levy : </strong>Les deux, en réalité. Mes personnages sont fictifs, mais souvent, ils puisent dans des traits de caractère, des gestes, des répliques ou des attitudes de personnes que j’ai croisées dans ma vie, de ceux qui m’ont profondément marqué, et parfois même de fragments de moi-même. Par exemple, je peux très bien intégrer une part de moi dans le personnage d’une vieille dame, sans que ce soit nécessairement une copie physique. Ce qui me procure le plus de plaisir dans mon travail, c’est la construction de ces personnages. Et, je crois que ce sont eux qui m’aident à me construire. Ils m’apportent énormément. Comme je le disais plus tôt, le livre nous offre une richesse de nuances. Il nous prend du temps, mais en retour, il nous en accorde aussi. Lire, c’est s’offrir du temps à soi-même. Et pour créer mes personnages, je m’octroie aussi ce temps. Je vais à leur rencontre, je les fréquente, et au fil du récit, il arrive un moment où je n’arrive plus à distinguer clairement la fiction de la réalité. Pour moi, Mme Ateltow, Anna, Mitch&#8230; tous les personnages sont réels. Ils ne sont pas que des figures imaginaires, ce sont des amis, ou des ennemis, qui prennent place dans ma vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La couverture de votre livre est vraiment magnifique et suscite de nombreux commentaires positifs. Comment avez-vous choisi cette illustration et quelle importance accordez-vous à l’aspect visuel dans la conception de vos livres ?</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1280" height="720" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/1.jpg" alt="" class="wp-image-1046" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/1.jpg 1280w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/1-600x338.jpg 600w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/1-1024x576.jpg 1024w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/1-768x432.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 1280px) 100vw, 1280px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marc Levy : </strong>Alexis Bruchon, artiste, graphiste et illustrateur, avait organisé une exposition à New York à laquelle j&rsquo;ai eu la chance d&rsquo;assister. Je suis tombé amoureux de son travail. Lors du vernissage, un peu timidement, je me suis approché de lui pour lui demander s’il accepterait de réaliser la couverture de mon prochain roman. Avec une grande générosité, il a accepté. Nous avons donc commencé à collaborer. Je lui ai exposé ce que je recherchais, ce que je souhaitais, et après quelques échanges d&rsquo;idées et plusieurs allers-retours, il a créé cette magnifique couverture. Je suis vraiment très heureux du résultat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons d’ailleurs poursuivi notre collaboration, car à l’occasion des 25 ans de <em><a href="https://www.marclevy.com/livres/et-si-cetait-vrai/" data-type="link" data-id="https://www.marclevy.com/livres/et-si-cetait-vrai/" target="_blank" rel="noopener">Si c’était vrai</a></em>, Pocket publiera une édition spéciale qui mêle ce roman et sa suite. Alexis a également refait la couverture de cette édition, et une fois de plus, le résultat est magnifique. J&rsquo;accorde une grande importance à l’aspect visuel des livres. Le livre est un véritable compagnon, un objet que l’on garde auprès de soi, et je trouve qu&rsquo;il est important qu&rsquo;il soit beau.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La littérature est souvent perçue comme un domaine réservé à une certaine élite, où des critiques et des spécialistes tracent les frontières entre le </strong><strong><em>bon </em></strong><strong>et le </strong><strong><em>mauvais </em></strong><strong>livre. Vous, vous défendez une vision plus ouverte, où la lecture devient un espace de partage, de liberté et d’universalité. Dans ce contexte, comment définissez-vous ce qui fait un &lsquo;bon&rsquo; ou un &lsquo;mauvais&rsquo; livre, dans un monde où les recommandations et les tendances influencent fortement les choix des lecteurs ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marc Levy : </strong>Il y a un paradoxe assez amusant à souligner. Ces intellectuels de la littérature que vous mentionnez, qui encensent les classiques, méprisent souvent les livres qui dépassent un certain seuil de popularité. Pourtant, les classiques qu&rsquo;ils encensent étaient, de leur vivant, largement considérés comme de la littérature populaire et détestés par la critique de l&rsquo;époque. C’est curieux, non ? On pourrait penser que l’intelligence humaine évolue, mais force est de constater que le petit monde littéraire semble se répéter, reproduisant les mêmes erreurs et prétentions que les générations précédentes. Je crois que ces critiques nuisent profondément au livre. Quant à la question de ce qui définit un bon ou un mauvais livre, je dirais que, pour moi, un mauvais livre est celui qui vous dégoûte de la lecture, tandis qu&rsquo;un bon livre est celui qui vous donne envie de lire un autre. C’est là, à mon sens, la véritable définition du bon et du mauvais livre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Un mauvais livre est celui qui vous dégoûte de la lecture, tandis qu&rsquo;un bon livre est celui qui vous donne envie de lire un autre. </p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Celui qui utilise la lecture pour nourrir son ego et pour donner des leçons n’a rien compris à la véritable essence de la littérature. La bonne littérature, ce n’est ni une question de style ni d’effets ; car le style, comme la mode, évolue avec le temps. Ce qui semble « stylé » aujourd&rsquo;hui peut ne plus l’être demain. Un bon livre, c’est un livre qui vous saisit, qui vous emmène, et une fois refermé, vous donne cette soif de lire encore, encore et encore. Les critiques et les censeurs, peu importe ce qu’ils disent. Souvenez-vous qu’il y a eu des critiques musicaux qui niaient que le rap, le jazz ou le rock étaient de la musique. Ils avaient tort, et leur opinion ne compte pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne laissez pas les autres vous faire croire que vos ressentis sont erronés. Ceux qui se croient plus légitimes que vous à juger ce que vous ressentez sont non seulement prétentieux, mais leur avis est d’une totale futilité. Si vous cherchez un bon livre, laissez-moi vous donner un conseil : entrez dans une librairie, loin des recommandations numériques. Promenez-vous entre les rayons, touchez les livres, lisez les quatrièmes de couverture et laissez-vous porter par l’envie qui surgit en vous. Si vous avez fait le bon choix, une fois le livre terminé, vous aurez découvert tout un univers. Ce bonheur de lecture vous poussera à retourner dans la librairie, à en choisir un autre, puis encore un autre, et ainsi de suite. La littérature, c’est ce vaste territoire de liberté. Ignorez ceux qui prétendent qu’elle appartient à une petite élite d’intellectuels. Croyez-moi, ils ne sont pas aussi intelligents qu’ils le croient. Au contraire, c’est bien souvent tout le contraire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Promenez-vous entre les rayons, touchez les livres, lisez les quatrièmes de couverture et laissez-vous porter par l’envie qui surgit en vous. Si vous avez fait le bon choix, une fois le livre terminé, vous aurez découvert tout un univers. Ce bonheur de lecture vous poussera à retourner dans la librairie, à en choisir un autre, puis encore un autre, et ainsi de suite. </p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous évoquez les livres comme un antidote face aux réseaux sociaux. Dans un monde où tout va à une vitesse effrénée et où nous sommes constamment sollicités par des notifications, pensez-vous qu’il est encore possible de se concentrer pleinement sur un livre ? Croyez-vous que le livre conserve son pouvoir dans la société moderne ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marc Levy : </strong>Les réseaux sociaux, et plus largement les smartphones, sont l&rsquo;un des grands poisons de notre époque. Ces objets, devenus omniprésents, font de nous des êtres constamment connectés. Il n’y a pas eu, à part peut-être à une époque où l’on portait une épée à la ceinture, un moment dans l’histoire où l’homme a été aussi dépendant d’un outil. Aujourd’hui, vous dînez avec quelqu’un et vous consultez votre téléphone au lieu de discuter avec la personne en face de vous. Ces appareils ont été conçus pour nous faire passer constamment d&rsquo;une chose à l&rsquo;autre, ce qui entraîne un déficit d&rsquo;attention et de concentration. Mais ce n’est pas une fatalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela rend le métier d’écrivain encore plus complexe, car pour capter l&rsquo;attention d&rsquo;un lecteur dans un livre de 300 pages, il faut que l&rsquo;exigence soit d&rsquo;autant plus grande. Quand j’étais enfant, il y avait trois chaînes de télévision, très peu de programmes de divertissement, pas d’Internet, et le cinéma était cher. Le livre était alors un remède extraordinaire contre l’ennui. Aujourd’hui, on n’a plus le droit d’ennuyer les gens, bien que je sois convaincu que l’ennui a des vertus, en particulier celle de stimuler l’imaginaire. Mais ce n’est qu’une phase, et là encore, la résistance consiste à ne pas accepter cette situation comme inévitable. Il faut, dans notre manière de travailler et d’écrire, réengager les lecteurs et leur donner envie de tourner les pages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est intéressant, à mes débuts, le terme « page-turner », utilisé pour qualifier un livre qui donne envie de tourner les pages, était considéré comme péjoratif. C’est une contradiction amusante. Pourquoi serait-ce un défaut de vouloir que le lecteur ait envie de continuer ? Après tout, un bon livre, est-ce celui qui vous incite à rester sur la même page pendant des heures ? Non, ce n’est pas ça. Un bon livre, c’est celui qui provoque une émotion. Quand j’étais jeune, on disait la même chose de la télévision : qu’elle encourageait le zapping, et que les gens n’arrivaient plus à se concentrer. Pourtant, nous continuons toujours à lire. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Un homme ou une femme, un livre en main à la terrasse d’un café, est infiniment plus sexy qu’une personne en train de scroller son smartphone.</p>
</blockquote>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-8-1-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-1049" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-8-1-1024x576.jpg 1024w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-8-1-600x338.jpg 600w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-8-1-768x432.jpg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2025/02/Copy-of-Black-and-White-Modern-Daily-Vlog-YouTube-Thumbnail-8-1.jpg 1280w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>En tant qu&rsquo;écrivain français le plus lu au monde, et quelqu&rsquo;un qui a réussi à maintenir une connexion forte avec ses lecteurs, quelle est votre vision de l&rsquo;avenir de la littérature et du livre face à la montée des technologies et des médias numériques ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marc Levy : </strong>Je suis optimiste. Je pense qu’on aura toujours envie de lire. Bien sûr, il y a un travail à faire pour guérir la société du mal qu’on a fait au livre, mais il existe aussi de nombreuses personnes qui, par leur passion, rendent un immense service à la littérature. Ces amoureux des livres, qui en parlent, sont essentiels pour son avenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense qu’il y a une véritable campagne à mener pour faire comprendre qu’un homme ou une femme, un livre en main à la terrasse d’un café, est beaucoup plus sexy qu’une personne qui est en train de scroller sur son smartphone. Si cette image pouvait s’ancrer dans les esprits, ce serait déjà un grand pas. Il existe une sensualité propre aux livres qu’il faut faire redécouvrir, il existe une forme d’intimité dans les livres qu’il faut faire redécouvrir&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je crois profondément à la notion de cycles. L’histoire oscille entre des périodes de dictature et de liberté : il y a des reculs, mais l’humanité progresse malgré tout. C’est dans cette tension entre avancées et retours en arrière que se joue notre destin collectif.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Découvrez également le portrait chinois de Marc Levy ici <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f449.png" alt="👉" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> </strong><a href="https://cafelitte.fr/blog/interviews/marc-levy-portrait-chinois/" data-type="link" data-id="https://cafelitte.fr/blog/interviews/marc-levy-portrait-chinois/">Marc Levy – Portrait chinois</a></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="« La Librairie des livres interdits » : le nouveau roman engagé de MARC LEVY / INTERVIEW" width="1020" height="574" src="https://www.youtube.com/embed/52EJvS3K3lY?start=2&#038;feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
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			<media:title type="plain">« La Librairie des livres interdits » : le nouveau roman engagé de MARC LEVY / INTERVIEW</media:title>
			<media:description type="html"><![CDATA[L’auteur français le plus lu au monde, Marc Levy, revient avec son 26e roman, une comédie engagée où la fiction rencontre l’actualité. À travers l’histoire d...]]></media:description>
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		<title>« Quand on est écrivain, on est soumis à la dictature de la sensualité » : David Foenkinos</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anna]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Feb 2025 15:32:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
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					<description><![CDATA[Traduit dans une quarantaine de langues, auteur français à succès et lauréat des prestigieux prix Renaudot et Goncourt des lycéens, David Foenkinos s&#8217;impose comme une figure incontournable de la littérature française contemporaine. Dans cette interview exclusive avec CaféLitté, l&#8217;écrivain se confie sur son rapport à l&#8217;écriture, la place de la littérature dans sa vie, et [...]]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Traduit dans une quarantaine de langues, auteur français à succès et lauréat des prestigieux prix Renaudot et Goncourt des lycéens, David Foenkinos s&rsquo;impose comme une figure incontournable de la littérature française contemporaine. Dans cette interview exclusive avec CaféLitté, l&rsquo;écrivain se confie sur son rapport à l&rsquo;écriture, la place de la littérature dans sa vie, et dévoile en avant-première quelques détails sur son tout nouveau roman. Il évoque également sa rencontre marquante avec Milan Kundera et se prête au jeu du portrait chinois, révélant des aspects plus personnels et inattendus de sa personnalité.</strong></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; <strong>David Foenkinos, vos romans semblent souvent prédestinés à des adaptations cinématographiques. Pourtant, pour vous ce n&rsquo;est pas du tout une fin en soi, et il vous arrive même de refuser certaines propositions, comme pour <em>Vers la beauté.</em> Quelles sont les conditions qui vous poussent à franchir le pas vers le cinéma, ou au contraire, à protéger le caractère littéraire d’un roman ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; On me dit souvent que mes romans ont un aspect cinématographique, mais je pense que tout roman l’est en quelque sorte. J&rsquo;ai une véritable passion pour les histoires bien construites, avec un début, un milieu et une fin. Bien que je reçoive de nombreuses propositions d’adaptation, je ne souhaite pas que tous mes livres deviennent des films. J&rsquo;aime qu&rsquo;un roman reste un espace où le lecteur peut imaginer son propre film, laisser libre cours à son imaginaire. Pour <a href="https://www.youtube.com/watch?v=bbi4vOl_rLU" data-type="link" data-id="https://www.youtube.com/watch?v=bbi4vOl_rLU" target="_blank" rel="noopener"><em>La Délicatesse</em>,</a> par exemple, lorsque mon frère et moi avons réalisé le film, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Audrey_Tautou" data-type="link" data-id="https://fr.wikipedia.org/wiki/Audrey_Tautou" target="_blank" rel="noopener">Audrey Tautou </a>s’est imposée à nous dès la première lecture du texte. Parfois, un projet se révèle suffisamment intéressant pour que je m&rsquo;y engage. Mais concernant <em>Vers la beauté</em>, que tu as mentionné et qui est actuellement mon livre le plus lu, je préfère qu&rsquo;il demeure un roman. Pour l’instant, je n’ai pas envie qu&rsquo;il soit adapté au cinéma.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="582" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/Screenshot-2024-10-23-151730-1024x582.jpg" alt="" class="wp-image-814" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/Screenshot-2024-10-23-151730-1024x582.jpg 1024w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/Screenshot-2024-10-23-151730-600x341.jpg 600w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/Screenshot-2024-10-23-151730-768x436.jpg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/Screenshot-2024-10-23-151730.jpg 1327w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><em>© CaféLitté, 2024. Tous droits réservés / Photos : Guillaume Pitiddu @lux_infinite</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; <strong>Vous êtes traduit dans une quarantaine de langues. Quel est votre rapport à la traduction littéraire, à vos traducteurs, à vos éditeurs ? Est-ce que vous vous intéressez au destin des parcours éditoriaux de vos traductions, à leurs réceptions ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Oui, bien sûr. J&rsquo;ai même établi des amitiés avec certains traducteurs, en particulier mon traducteur allemand. Les discussions que j&rsquo;ai avec eux sont toujours passionnantes, et j&rsquo;ai de nombreuses anecdotes drôles à partager. Par exemple, pour mon livre <em>Numéro 2</em>, qui traite du casting d&rsquo;Harry Potter, mon éditrice anglaise m&rsquo;a dit qu&rsquo;on ne pouvait absolument pas le garder sous ce titre. Je lui ai demandé pourquoi, car je le trouvais très approprié. Elle m&rsquo;a expliqué que <em>number two</em> signifie <em>faire pipi</em> en anglais ! Nous avons donc dû changer le titre, qui est finalement devenu <em>Second Best</em>. J&rsquo;ai ainsi plein d&rsquo;histoires amusantes sur les traductions, et c&rsquo;est fascinant de découvrir les nuances de chaque langue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais honnêtement, je ne peux pas vraiment vérifier si les traductions sont correctes, car je ne parle pas ces langues. Cependant, depuis que j&rsquo;ai ouvert mon compte <a href="https://www.instagram.com/david.foenkinos/" data-type="link" data-id="https://www.instagram.com/david.foenkinos/" target="_blank" rel="noopener">Instagram </a>récemment, je reçois énormément de messages, notamment de lecteurs d&rsquo;Amérique du Sud, d&rsquo;Espagne, et en ce moment, beaucoup de lecteurs de Turquie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>&#8211; Vos livres sont très variés, explorant des univers extrêmement différents. Pourtant, un élément revient presque comme un leitmotiv dans tous vos romans : l&rsquo;art. Il y joue un rôle omniprésent, apparaissant toujours comme une forme de consolation et un moyen de sauvetage. La seule exception semble être <em>Deux Sœurs</em>, où l’art, au contraire, porte une part de responsabilité dans le malheur de votre personnage principal. Finalement, peut-on vraiment avoir <em>Une vie heureuse</em> ( titre de votre dernier roman) quand on a cette sensibilité pour l&rsquo;art ? Êtes-vous d&rsquo;accord avec le point de vue du narrateur dans <em>Deux Sœurs </em>?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; J’en suis la preuve vivante : la littérature a changé ma vie. Lorsque j&rsquo;ai commencé à lire et à écrire à l&rsquo;âge de 16 ans, cela a été une expérience extraordinaire. La compagnie des livres me console, me sauve et me permet même d&rsquo;être heureux. Cependant, le personnage de <em>Deux Sœurs</em>, qui baigne dans le monde de la littérature, traverse un drame sentimental. Elle se rend compte que la littérature ne l’aide en rien et se demande si, au lieu de s’enfermer dans l’univers des livres et des bibliothèques, elle n’aurait pas dû être plus lucide. Bien sûr, ce n’est pas du tout mon point de vue, mais c’est la perspective de ce personnage à ce moment-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; <strong>Vos livres sont totalement plastiques. Ils semblent traverser les âges et les profils. Quel est le secret de cette écriture qui touche un éventail si large de lecteurs ? Est-ce que vous pensez à un public particulier lorsque vous commencez à écrire, ou cette universalité émerge naturellement de vos récits ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je ne peux pas révéler de secret, car il n&rsquo;y en a pas. Pendant des années, mes livres ont rencontré peu de succès ; ils étaient plutôt confidentiels, et cela ne m’a pas du tout rendu malheureux. J&rsquo;avais juste quelques lecteurs, et c&rsquo;était formidable. D&rsquo;ailleurs, lorsque <em>La Délicatesse</em> a connu un grand succès, un journaliste a écrit que ce livre contenait toutes les recettes du succès. C’était absurde, car si j&rsquo;avais eu une recette, je l&rsquo;aurais appliquée bien avant ! J&rsquo;ai toujours démontré dans ma carrière littéraire que je n&rsquo;ai jamais cherché à reproduire ce que j&rsquo;avais déjà fait. Après <em>La Délicatesse</em>, j&rsquo;ai écrit <em>Charlotte</em>, qui ne pourrait pas être plus différent. Tu viens de mentionner <em>Deux Sœurs</em>, qui est un livre très noir. Chaque livre est unique et différent. Je n&rsquo;ai ni recette ni ambition de toucher un quelconque lectorat. Ce qui me touche particulièrement, c&rsquo;est que les lecteurs continuent à me suivre. Certains me disent : « Moi, j’aime ce livre-là, je préfère celui-ci. » Ce qui me touche encore plus, c&rsquo;est que, depuis deux ou trois ans, notamment grâce à TikTok et Instagram, j&rsquo;ai vu arriver un nombre croissant de jeunes lecteurs. Je trouve cela bouleversant, car ce n&rsquo;était pas du tout prévu ni prédestiné.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/IMG_9511-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-816" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/IMG_9511-1-1024x683.jpg 1024w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/IMG_9511-1-600x400.jpg 600w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/IMG_9511-1-768x512.jpg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/IMG_9511-1-1536x1024.jpg 1536w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/IMG_9511-1-2048x1365.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><em>© CaféLitté, 2024. Tous droits réservés / Photos : Guillaume Pitiddu @lux_infinite</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>&#8211; Vous avez étudié la musique et été professeur de guitare, et cette sensibilité se reflète dans le rythme de vos phrases. La musique influence-t-elle réellement votre écriture ? Cherchez-vous délibérément à créer une musicalité dans vos textes ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je pense que pour tous les écrivains, la musicalité est absolument déterminante, prédominante et essentielle. C&rsquo;est une question de rythme. Pour moi, chaque livre a son propre rythme et sa propre mélodie, d&rsquo;une certaine manière. J&rsquo;ai effectivement étudié à l՛Ecole de jazz et j&rsquo;ai été professeur de guitare. Lorsque je me suis mis à écrire, j&rsquo;ai adopté la même approche que celle que j&rsquo;utilisais pour travailler mon instrument, en portant une attention particulière à la mélodie. D&rsquo;ailleurs, en jazz, on parle de phrasé pour évoquer les improvisations, ce qui revient à créer des phrases musicales. Chaque livre possède une tonalité musicale, plus ou moins prononcée. Quand j&rsquo;écrivais <em>Charlotte</em>, j&rsquo;écoutais Schubert, et lorsque j&rsquo;écrivais <em>La Délicatesse</em>, j&rsquo;écoutais Souchon. Ces choix musicaux sont très importants pour moi. Peu importe que l&rsquo;on aime ou non mon travail, l&rsquo;essentiel est qu&rsquo;il y ait une musicalité particulière et propre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; <strong>Dans votre dernier roman, <em>Une vie heureuse</em>, l&rsquo;idée de départ repose sur un rituel d’enterrement, une pratique courante en Corée du Sud. Le livre est paru en janvier 2024, une période marquée par une actualité géopolitique et humanitaire assez déprimante.&nbsp;Vous n’aviez pas peur que, dans ce contexte, le livre ne trouve pas son public ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, tout à fait. Au-delà du contexte géopolitique, j&rsquo;avais des réserves. J&rsquo;avais peur qu&rsquo;un livre abordant un rituel d&rsquo;enterrement soit perçu comme morbide ou gothique. Pourtant, il a été accueilli de manière extraordinaire, devenant mon plus grand succès depuis <em>Le Mystère Henri Pick</em>. Je n&rsquo;ai pas écrit ce livre avec une vision sombre ou négative. Pour moi, il s&rsquo;agit d&rsquo;une réflexion sur une approche décomplexée de la mort et sur ce rituel bénéfique en Corée du Sud, où les gens s&rsquo;installent dans des cercueils pour ensuite… vivre la vie différemment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le titre <em>Une vie heureuse</em> souligne cet aspect. Malgré la connotation morbide que l&rsquo;on pourrait y voir, je considère ce livre comme optimiste, invitant à apprécier la vie d&rsquo;une manière plus douce et simple. J&rsquo;avais néanmoins des craintes : je redoutais que les lecteurs le trouvent trop lourd, surtout en France. Je suis passionné par mes sujets. Lorsque je commence à écrire, je ne me demande pas si cela plaira au lectorat ou s&rsquo;il sera effrayés․ Pour moi, c&rsquo;est une exploration indéchiffrable et insondable.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/WhatsApp-Image-2024-10-23-at-18.37.36-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-817" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/WhatsApp-Image-2024-10-23-at-18.37.36-1024x683.jpeg 1024w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/WhatsApp-Image-2024-10-23-at-18.37.36-600x400.jpeg 600w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/WhatsApp-Image-2024-10-23-at-18.37.36-768x512.jpeg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/WhatsApp-Image-2024-10-23-at-18.37.36-1536x1024.jpeg 1536w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/10/WhatsApp-Image-2024-10-23-at-18.37.36.jpeg 2016w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><em>© CaféLitté, 2024. Tous droits réservés / Photos : Guillaume Pitiddu @lux_infinite</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;<strong>&nbsp;Dans votre premier roman <em>Inversion de l&rsquo;idiotie</em> ( parru en 2002 chez Gallimard), vous avez fait de Milan Kundera un personnage, ce qui a attiré son attention. Il a d&rsquo;ailleurs salué <em>La Délicatesse</em>, vous a envoyé des dessins et même téléphoné. Il était aussi un idole pour vous à l’époque. Pourriez-vous nous raconter cet échange et l&rsquo;impact qu&rsquo;il a eu sur vous ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Ça fait partie des moments magnifiques de ma vie littéraire, et même de ma vie tout court. J’ai lu <em>L’Insoutenable légèreté de l’être à l’âge</em> de 16 ans, quand j’étais à l’hôpital, et ça a été un choc. J’ai lu beaucoup de Kundera ensuite, et quelques années plus tard, il s’est retrouvé comme personnage dans mon premier roman, <em>Inversion de l’idiotie</em>. Le hasard a voulu que j’envoie ce manuscrit à Gallimard, et à l’époque, Kundera était dans le comité de lecture, il était donc au courant de ce livre où il apparaissait, avec quelques passages plutôt drôles à son sujet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai eu la chance de le rencontrer. Il a été incroyablement bienveillant avec moi, il m’a téléphoné plusieurs fois, m’a envoyé des dessins… J’étais totalement angoissé à chaque échange, tellement j’étais impressionné par lui. Mais il était exactement comme ses livres : pétillant, avec cette pointe de grotesque. Je me souviens, il m’a dit un jour : « C’est ma femme, Vera, qui est en train de lire votre livre avec ses lunettes grotesques. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je crois qu’à l՛époque il n’était pas forcément très bien vu par les critiques français, mais aujourd’hui, il est indiscutablement reconnu comme un écrivain mondialement influent. Il a inspiré beaucoup d’écrivains, dont moi, avec son approche philosophique, politique, sentimentale, et cette façon d’écrire des romans qui ressemblent à des essais, ou des essais qui se transforment en romans.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>&#8211; Quelles sont vos habitudes d’écriture ? Avez-vous un rituel ou un environnement particulier qui vous aide à vous concentrer ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; J’aime écrire dans mon lit le matin, mais en réalité, l’écriture ne se limite ni au temps ni à l’esprit. Quand je travaille sur un roman, j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;être en écriture constante, sans rituel précis. Parfois, j&rsquo;aimerais pouvoir mettre mon esprit en pause, mais l’écriture, c’est une forme de soumission à l’obsession, un processus permanent. En ce moment, je profite d’un moment de calme après avoir terminé mon prochain livre, avant de me plonger rapidement dans un nouveau projet. J&rsquo;ai toujours besoin d’avoir plusieurs idées en tête.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>&#8211; Vous venez de terminer l’écriture d’un nouveau roman. Pouvez-vous nous en dévoiler quelques détails ? Quels thèmes y explorez-vous cette fois-ci, et avez-vous déjà une idée de sa date de publication ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le livre sortira en février 2025, dans environ quatre ou cinq mois, et il s’intitulera <strong><em>Tout le monde aime Clara</em>. </strong>J’ai vécu une expérience de mort à l’âge de 16 ans, ce que j’ai déjà évoqué dans <em>Une vie heureuse</em>. Cette expérience m’a profondément marqué, me rendant assez mystique. Je crois beaucoup aux signes, une thématique qui était également présente dans <em>Charlotte</em>—cette sensation étrange d’avoir déjà connu quelqu’un avant même de le rencontrer. Ce nouveau roman explore justement cet aspect mystique et ésotérique, à travers une jeune héroïne qui développe des dons de voyance. Il y sera donc question de voyance et de numérologie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En parallèle, il y a l’histoire d’un écrivain qui n’arrive plus à écrire et qui anime des ateliers d’écriture. C’est la rencontre de ces deux personnages qui forme le cœur du récit. C’est encore un peu tôt, et c’est la première fois que je parle de ce livre, donc je ne sais pas si j’ai bien réussi à résumer !</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="À la Rencontre de DAVID FOENKINOS : Ses Livres, Sa Rencontre avec Milan Kundera et Nouveautés !" width="1020" height="574" src="https://www.youtube.com/embed/2RJAEDLLgAg?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
</div><figcaption class="wp-element-caption"><em>Images et réalisation vidéo : Guillaume Pitiddu @lux_infinite</em></figcaption></figure>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Lire aussi <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f449.png" alt="👉" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> <em><a href="https://cafelitte.fr/blog/interviews/david-foenkinos-portrait-chinois/" data-type="link" data-id="https://cafelitte.fr/blog/interviews/david-foenkinos-portrait-chinois/">Le Portrait chinois de David Foenkinos</a></em></p>
</blockquote>


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			<media:title type="plain">À la Rencontre de DAVID FOENKINOS : Ses Livres, Sa Rencontre avec Milan Kundera et Nouveautés !</media:title>
			<media:description type="html"><![CDATA[Traduit dans plus de 40 langues, auteur français à succès et lauréat des prestigieux prix, David Foenkinos s&#039;impose comme une figure incontournable de la lit...]]></media:description>
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		<title>Marc Levy : Portrait Chinois</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anna]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Feb 2025 15:04:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
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					<description><![CDATA[Comment saisir une personnalité en quelques questions ? À travers un livre, une citation, une couleur ou une mélodie, chacun révèle une part de soi, parfois consciente, parfois instinctive. Marc Levy s’est prêté au jeu du portrait chinois, laissant émerger des éclats de son imaginaire, de ses inspirations et de sa sensibilité. Un autoportrait en [...]]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment saisir une personnalité en quelques questions ? À travers un livre, une citation, une couleur ou une mélodie, chacun révèle une part de soi, parfois consciente, parfois instinctive. Marc Levy s’est prêté au jeu du portrait chinois, laissant émerger des éclats de son imaginaire, de ses inspirations et de sa sensibilité. Un autoportrait en nuances, où chaque réponse esquisse un morceau de son univers.</strong><br><br><strong>Si vous étiez un livre, vous seriez … ?</strong><br><a href="https://www.gallimard.fr/catalogue/clair-de-femme/9782070373673" data-type="link" data-id="https://www.gallimard.fr/catalogue/clair-de-femme/9782070373673" target="_blank" rel="noopener">« Clair de femme » de Romain Gary</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez un personnage littéraire, vous seriez … ?</strong><br>Ce serait hyper prétentieux d&rsquo;y répondre ainsi… Il y en a tellement&#8230; Peut-être Valjean.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez une couleur, vous seriez … ?</strong><br>pourpre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez un film, vous seriez … ?</strong><br><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_homme_et_une_femme" data-type="link" data-id="https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_homme_et_une_femme" target="_blank" rel="noopener">Un homme et une femme</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez une chanson ou une œuvre musicale, vous seriez … ?</strong><br>Une fugue de Bach ou une chanson de Carly Simon.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez un moment de la journée, vous seriez … ?</strong><br>Petit-déjeuner</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez une émotion, vous seriez … ?</strong><br>la surprise</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez une citation, vous seriez … ?</strong><br>« Un jour, j&rsquo;irais vivre en théorie, parce qu&rsquo;en théorie tout se passe bien.. ».</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Le Portrait Chinois de MARC LEVY" width="1020" height="574" src="https://www.youtube.com/embed/SeVx8wiGk9Y?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
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		<title>Marc Levy signe son 26ᵉ roman : « La Librairie des livres interdits », un hommage à la passion et à la résistance</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anna]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Nov 2024 10:22:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
		<category><![CDATA[Nouveaux Livres]]></category>
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					<description><![CDATA[Le célèbre auteur Marc Levy s&#8217;apprête à marquer la fin d&#8217;année littéraire avec la parution de son 26e roman, La Librairie des livres interdits. Ce nouvel opus, publié aux éditions Robert Laffont nous invite à une réflexion profonde sur le rôle des livres dans nos vies et les luttes qu’ils incarnent. Préparez-vous à une lecture [...]]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le célèbre auteur Marc Levy s&rsquo;apprête à marquer la fin d&rsquo;année littéraire avec la parution de son 26e roman, <em>La Librairie des livres interdits</em>. Ce nouvel opus, publié aux éditions Robert Laffont nous invite à une réflexion profonde sur le rôle des livres dans nos vies et les luttes qu’ils incarnent. Préparez-vous à une lecture captivante, où intrigue et émotion se mêlent, dans un style propre à l’écrivain.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire nous entraîne aux côtés de Mitch, un libraire passionné, dont la vie bascule lorsqu’il est arrêté pour avoir vendu des ouvrages interdits. Après avoir purgé une peine de prison de cinq ans, Mitch rêve de reprendre le cours de sa vie, mais un enchaînement d’événements inattendus vient troubler ses plans. Entre la rencontre d’Anna, une jeune femme pétillante qui pourrait bien bouleverser son cœur, et une confrontation avec le procureur responsable de sa condamnation, Mitch se retrouve face à un dilemme : succomber à la vengeance ou embrasser l’amour. À travers cette intrigue, Marc Levy explore des thèmes universels comme la quête de liberté, le pardon, et la puissance des livres en tant qu’armes de résistance.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le Français le Plus Lu au Monde</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Marc Levy, figure incontournable de la littérature contemporaine, n’a plus besoin d’être présenté. Depuis <em>Et si c’était vrai </em>, son premier roman devenu un phénomène international en 2000, l’écrivain enchaîne les succès avec plus de 50 millions de livres vendus dans le monde. Traduit dans une cinquantaine de langues, son univers mélange romance, mystère et fantastique avec une simplicité qui séduit un large public. Ce qui distingue Levy, c’est sa capacité à saisir des émotions universelles, à faire rire et pleurer en quelques lignes, tout en abordant des sujets profondément humains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec <em>La Librairie des livres interdits</em>, Marc Levy continue de faire ce qu’il sait faire de mieux : raconter des histoires qui nous touchent, nous interrogent et nous transportent. Une chose est certaine, ce roman promet de trouver une place de choix sur les tables de chevet cet hiver. À vos agendas : rendez-vous le 19 novembre pour découvrir cette nouvelle pépite littéraire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une chronique détaillée bientôt sur CaféLitté.</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="378" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/11/467398189_1100354144793966_3776407067719680748_n-1-1024x378.jpg" alt="" class="wp-image-891" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/11/467398189_1100354144793966_3776407067719680748_n-1-1024x378.jpg 1024w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/11/467398189_1100354144793966_3776407067719680748_n-1-600x222.jpg 600w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/11/467398189_1100354144793966_3776407067719680748_n-1-768x284.jpg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/11/467398189_1100354144793966_3776407067719680748_n-1-1536x567.jpg 1536w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/11/467398189_1100354144793966_3776407067719680748_n-1.jpg 1706w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>


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		<title>« Décide ou Décède » : le récit d’espoir d’une héroïne du quotidien</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anna]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Nov 2024 12:37:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
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					<description><![CDATA[À l’occasion de la sortie de son premier roman Décide ou décède aux éditions Azoé, CaféLitté s’est entretenu avec Karine Van Cayzeele. Entre autofiction percutante et poésie délicate, l’auteure nous plonge dans une quête de résilience face aux épreuves de la vie : abus, burn-out, recherche d’identité… Un récit empreint de détermination, où l’humour et [...]]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>À l’occasion de la sortie de son premier roman <em>Décide ou décède</em> aux éditions <a href="https://azoe.fr/" data-type="link" data-id="https://azoe.fr/" target="_blank" rel="noopener">Azoé</a>, CaféLitté s’est entretenu avec Karine Van Cayzeele. Entre autofiction percutante et poésie délicate, l’auteure nous plonge dans une quête de résilience face aux épreuves de la vie : abus, burn-out, recherche d’identité… Un récit empreint de détermination, où l’humour et la pudeur tracent un chemin vers la liberté. Découvrez une écrivaine autodidacte et idéaliste, qui a su transformer ses blessures en un hymne vibrant à la verticalité.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Après des études de communication, après un tour chez l’annonceur et en agence, <strong>Karine Van Cayzeel</strong> fonde sa propre entreprise. 15 ans de bons et loyaux services pour finir en burn-out… un peu comme son héroïne. Elle plaque tout pour un voyage en sac à dos, direction l’Inde. Elle revient et devient thérapeute, photographe, conférencière… Établie depuis peu dans le Sud de la France, elle se consacre à ses passions. D’abord la photographie, elle crée le concept de Psygraphie (thérapie par la photo) qu’elle expose dans un premier ouvrage destiné aux professionnels (Réflecteur d’âmes). Et l’écriture, qui l’a portée pour signer ici son premier livre.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Votre livre <em>Décide ou décède</em> évoque des expériences profondément personnelles. Quel a été le moment décisif qui vous a poussée à transformer votre douleur en récit</strong> ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Karine Van Cayzeele</strong> : Toute une vie, en réalité. Les traumatismes ont commencé tôt, comme vous avez pu le constater, et il m’a fallu toute une vie pour guérir. L’écriture, elle, a pris quatre ans, exactement. Certains passages, notamment les plus lourds, je les ai écrits juste après la mort de ma mère, en 2008. Tant qu’elle était là, je ne pouvais pas poser ces mots, par peur de lui faire encore du mal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand maman est partie, j’ai pu commencer. Les trois dernières années ont été consacrées à structurer ce récit. Au-delà du témoignage, c’est un message. Avec MeToo, on a beaucoup parlé de ces sujets, et tant mieux : les vérités doivent éclater, les ordures être démasquées. Mais ce qui m’a motivée, c’est une nuance. Je vois parfois des femmes s’enfermer dans une posture victimaire permanente, et cela me dérange.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon livre, c’est un petit grain de sel dans ce monde de l’horreur, pour montrer qu’il est possible de surpasser un traumatisme. L’humain a une incroyable capacité de résilience. On peut trouver au fond de soi les ressources pour se relever, pour transcender même ce qui semble insurmontable. L’essentiel, c’est d’aller chercher cette force intérieure.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Votre récit est composé de chapitres courts, presque comme des posts sur Instagram. Pourquoi ce choix ? Et quelle est votre vision du rôle des nouvelles formes de narration dans l’engagement des lecteurs aujourd’hui ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Karine Van Cayzeele</strong> : La forme est volontairement découpée, comme vous le dites, et cela s’explique en partie par ma dyslexie. Ce n’est pas une maladie, mais une caractéristique, comme être gaucher ou gauchère : on apprend à vivre avec, à s’adapter. Structurer le récit en chapitres courts, un peu comme des posts qu’on scrolle sur Instagram, répond aussi à une envie d’adresser les lecteurs d’aujourd’hui, notamment les plus jeunes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les longues narrations étirées risquent de perdre une partie du public, et mon objectif était clair : toucher le plus de monde possible. Pour moi, l’essentiel reste le fond, mais une forme accessible permet de mieux faire passer le message.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai aussi voulu jouer avec l’idée du teasing : donner une information brève, percutante, qui incite à aller plus loin. C’est une manière de capter l’attention et d’embarquer les lecteurs dans une lecture qu’ils n’auraient peut-être pas entamée autrement. Finalement, c’est un choix qui mêle intention personnelle et stratégie narrative.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="790" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/11/IMG_7146-1024x790.jpeg" alt="" class="wp-image-872" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/11/IMG_7146-1024x790.jpeg 1024w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/11/IMG_7146-600x463.jpeg 600w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/11/IMG_7146-768x592.jpeg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/11/IMG_7146-1536x1184.jpeg 1536w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/11/IMG_7146-2048x1579.jpeg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Karine Van Cayzeele devant la librairie Goulard, Cours Mirabeau, Aix-en-Provence /  <em>© Archives personnelles</em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans un contexte où les notions de <em>burn-out </em>et de<em> résilience</em> sont au cœur des discussions contemporaines, pensez-vous que <em>Décide ou décède</em> trouve un écho particulier avec les défis modernes ? En quoi votre livre se distingue-t-il des autres ouvrages abordant ces thématiques ? Quelle nuance ou perspective unique souhaitez-vous apporter à ces sujets si actuels, presque omniprésents aujourd’hui ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Karine Van Cayzeele</strong> : Pour moi, la réponse est simple : je suis une femme ordinaire, une personne inconnue, qui ne vit pas sous les projecteurs. Et en parlant de quelqu’un de « lambda », on en fait un héros. Je pense que nous sommes des millions à être des héroïnes et des héros invisibles, souvent dans l’ombre. Ce qui est important, c’est de montrer qu’il est possible, même sans aide extérieure, de surmonter les difficultés. Je crois que beaucoup de gens pourraient se reconnaître dans ce parcours, dans ce combat silencieux. Nous, les héroïnes du quotidien, nous faisons face à nos luttes, parfois sans que personne ne nous voie, mais nous avançons malgré tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Votre écriture mêle habilement la cruauté de vos expériences passées à une touche d&rsquo;humour. Comment ce contraste, selon vous, enrichit-il la profondeur de votre récit ? Était-ce un choix délibéré de votre part ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Karine Van Cayzeele</strong> : Vous avez parfaitement saisi, en effet… Je n&rsquo;avais pas envie de parler uniquement de drame sans offrir un peu de légèreté. Dès le divorce de mes parents, quand ma mère est tombée en dépression, je me suis rapidement rendue compte qu’il fallait faire quelque chose. Il était impossible de rester figée dans la douleur. Alors, j’ai développé une forme d’humour, une bonhomie, une gaieté, parce qu’il fallait bien avancer au quotidien. Vivre, malgré tout. Et c’est là que je pense aux héroïnes et héros du quotidien : il nous faut absolument une lumière dans la journée, même une toute petite, sinon on s’effondre. Quand j’écrivais le livre, j’ai aussi voulu que certains passages, qui sont lourds à porter, puissent être abordés avec humour, afin de rendre la lecture plus accessible. Cela permet aussi de transmettre des messages importants de manière plus douce, plus fluide. C’est en quelque sorte l’équilibre entre le ying et le yang, entre le noir et le blanc. Pour rester centrée, il faut savoir unir le beau et le difficile. L’humour est une manière d’y parvenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Peut-on dire que l&rsquo;écriture de ce livre a agi comme une forme de thérapie pour vous ? Y a-t-il des passages en particulier qui ont été particulièrement libérateurs à écrire, des moments où vous avez eu l&rsquo;impression de vous délivrer d&rsquo;un poids ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Karine Van Cayzeele</strong> : Je pense que l&rsquo;écriture est toujours thérapeutique. En fait, tout ce que nous faisons peut l’être. Prenez votre travail, par exemple. En tant que journaliste, vous cherchez constamment des informations, vous interrogez des gens, et chaque question posée, chaque réponse obtenue, nourrit non seulement votre travail, mais aussi votre propre réflexion. C’est un processus qui, à sa manière, peut aussi être thérapeutique. Pour moi, l&rsquo;écriture de ce livre a été un acte libérateur. Une fois le livre terminé, la thérapie continue, mais d&rsquo;une autre façon. Le fait d&rsquo;avoir mis toutes ces émotions et ces expériences par écrit a été extrêmement libérateur. C’est un pavé dans la mare, mais comme vous l&rsquo;avez souligné, j&rsquo;y ai aussi ajouté de l&rsquo;humour et de l&rsquo;espoir. Ce n’est pas un simple témoignage de douleur, c’est aussi une tentative de tendre la main. Si ce livre peut aider une seule personne, alors j’aurai accompli ma mission. Et si une femme peut y trouver la force de se relever, alors c’est un bonheur pour moi.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aviez-vous un public particulier en tête lorsque vous avez commencé à écrire ce livre ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Karine Van Cayzeele</strong> : Effectivement, au départ, je n&rsquo;y pensais pas vraiment. Je me suis dit que ce serait plutôt un livre destiné aux femmes. Et pourtant, je suis vraiment surprise : jusqu&rsquo;à présent, j&rsquo;ai constaté qu&rsquo;il y a autant d&rsquo;hommes que de femmes qui ont lu le livre. Les retours sont nombreux et variés.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="582" height="462" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/11/karine-recadree-nuitee-5448.jpg" alt="" class="wp-image-874" style="width:840px;height:auto"/></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Karine Van Cayzeele, Cours Mirabeau, Aix-en-Provence /  <em>© Archives personnelles</em></em></p>


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		<title>« Fantasia » : Contes et Légendes de l&#8217;IA</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anna]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jul 2024 15:09:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[IA et Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Actualités Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
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					<description><![CDATA[Des ouvrages théoriques sur l&#8217;IA, il en existe pléthore ! Pourtant, Laura Sibony aborde cette révolution technologique sous un angle différent avec son dernier roman Fantasia, paru aux éditions Grasset en 2024. Au lieu de s’appuyer sur un discours théorique, c&#8217;est à travers des dizaines d’histoires qu’elle nous permet de saisir au mieux ce qu&#8217;est [...]]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des ouvrages théoriques sur l&rsquo;IA, il en existe pléthore ! Pourtant, Laura Sibony aborde cette révolution technologique sous un angle différent avec son dernier roman <em>Fantasia</em>, paru aux éditions Grasset en 2024. Au lieu de s’appuyer sur un discours théorique, c&rsquo;est à travers des dizaines d’histoires qu’elle nous permet de saisir au mieux ce qu&rsquo;est l’intelligence artificielle – et ce qu’elle n’est pas, ce qu’elle peut changer – et ce qu’elle ne pourra jamais changer, ce qu’elle promet – et les promesses qu’elle n’arrivera pas à tenir. Une partie d’échecs entre Napoléon et le Turc mécanique, un algorithme pour reconnaître les fromages, la voix artificielle des patients atteints de la maladie de Charcot ou encore Poutine en décolleté : le machine learning, les deepfakes ou le tagging se pensent en images. </strong><br><br><strong>CaféLitté a rencontré Laura Sibony et a exploré les coulisses de <em>Fantasia.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Fantasia</em> se distingue par son approche littéraire et sa diversité de genres pour explorer l’intelligence artificielle. Quelles ont été vos motivations pour choisir cette méthode narrative plutôt qu&rsquo;une approche plus traditionnelle ou théorique ? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Merci pour cette question, qui souligne si bien le projet au cœur de <em>Fantasia </em>! Je ne voulais ni expliquer, ni juger l&rsquo;intelligence artificielle, mais la raconter. On trouve dans <em>Fantasia </em>des chapitres d&rsquo;enquête, des récits à la première personne, quelques nouvelles, un ou deux poèmes, des fables, des dialogues, des brèves et même une critique littéraire de Chat-GPT. J&rsquo;ai voulu écrire un livre varié et amusant, comme l&rsquo;a été ma découverte de l&rsquo;intelligence artificielle.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je dis souvent que je l&rsquo;ai découverte grâce à Chagall et Botticelli, parce que j&rsquo;y ai été initiée, par la pratique, au Lab de Google Arts &amp; Culture. C&rsquo;est un département de Google qui a numérisé huit millions d&rsquo;œuvres auprès des plus grands musées du monde, et qui cherche à rendre ce trésor artistique «&nbsp;plus accessible et utile » grâce à la technologie, et notamment grâce aux technologies d&rsquo;IA. Par exemple, Google Arts &amp; Culture a développé ArtSelfie, l&rsquo;application qui permet de prendre son selfie et de trouver son sosie parmi les 300 ou 400.000 portraits numérisés, dont je parle dans le chapitre <em>Sans filtre et sans reproche. </em>J&rsquo;ai compris ce qu&rsquo;est et ce que n&rsquo;est pas l&rsquo;I.A., ses enjeux, ses promesses, par la pratique : en expérimentant, avec une base de plusieurs millions de chefs-d&rsquo;œuvre. Puis je l&rsquo;ai enseigné, dans des cours d&rsquo;initiation à l&rsquo;I.A., qui m&rsquo;ont prouvé la nécessité d&rsquo;un discours sur l&rsquo;I.A. qui dépasse la technique, et évoque ses usages, ce que ces technologies changent dans le monde.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;ai voulu incarner l&rsquo;I.A., la raconter, montrer ses différents visages à tous, plutôt que de m&rsquo;enfermer dans un discours théorique, qui ne se serait adressé qu&rsquo;aux ingénieurs ou aux philosophes.</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est que l&rsquo;I.A. a beaucoup de facettes ! Lorsque le mot apparaît, en 1956, il désigne un champ de recherche scientifique qui vise à comprendre les capacités cognitives de l&rsquo;homme (capacité à classer l&rsquo;information, à faire du lien, à générer du texte ou des images…) en les simulant sur des machines. Mais rapidement le champ de recherche scientifique trouve des applications technologiques, de plus en plus variées à mesure que la production et le stockage de la donnée s&rsquo;améliorent. L&rsquo;I.A. est aujourd&rsquo;hui omniprésente dans l&rsquo;imagerie médicale, dans le trading, sur les réseaux sociaux… Mais un médecin n&rsquo;a ni la même vision ni le même usage de l&rsquo;I.A. qu&rsquo;un trader ou un influenceur. Pour faire miroiter toutes ces facettes de l&rsquo;I.A., pour montrer la diversité de ses effets en termes d&rsquo;écologie, de détournements d&rsquo;image, de démocratie, d&rsquo;art… des formes littéraires variées s&rsquo;imposaient.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais enfin, surtout, les lecteurs ont déterminé la forme choisie. En 2024, la moitié du monde, près de trois milliards de personnes, ont voté. Il est donc essentiel de savoir comment se construit notre opinion, et en particulier comment on reçoit l&rsquo;information en ligne. Or l&rsquo;I.A. joue un grand rôle dans la sélection et la diffusion des contenus en ligne. Lorsqu&rsquo;elle est utilisée par des groupes comme Meta ou ByteDance, qui ont un intérêt économique à nous retenir sur leurs plateformes (Facebook, Instagram, Whatsapp, TikTok), elle encourage la radicalisation du discours, les clivages, l&rsquo;enfermement dans des bulles de filtre, et favorise donc le complotisme. Certains en ont peut-être déjà fait la malheureuse expérience, rien ne sert de disséquer devant un complotiste les rouages de la manipulation, ou de dénoncer l&rsquo;usage de l&rsquo;IA par les réseaux sociaux. Quand Molière s&rsquo;est attaqué à l&rsquo;hypocrisie religieuse, il n&rsquo;a pas rédigé un traité, il a créé <em>le Tartuffe.</em> J&rsquo;ai voulu incarner l&rsquo;I.A., la raconter, montrer ses différents visages à tous, plutôt que de m&rsquo;enfermer dans un discours théorique, qui ne se serait adressé qu&rsquo;aux ingénieurs ou aux philosophes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans votre livre, vous comparez l&rsquo;intelligence artificielle à des concepts humains fondamentaux tels que la vie, l&rsquo;amour et la mort, en mettant en avant le fait que l&rsquo;IA, tout comme ces concepts, ne peut être pleinement définie ou fixée. Pouvez-vous expliquer pourquoi vous avez choisi cette comparaison ? Comment cette idée d&rsquo;une IA indéfinissable enrichit-elle votre exploration du sujet dans<em> Fantasia</em> ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Dès son apparition, le terme « artificial intelligence » a une valeur marketing : il sert à obtenir des fonds de la Fondation Rockfeller pour financer la conférence de Darmouth (pour l&rsquo;anecdote : une des plus chères de tous les temps, lorsqu&rsquo;on la rapporte au nombre de participants). En 1956, cette conférence fondatrice réunit neuroscientifiques, mathématiciens, statisticiens, informaticiens pour comprendre la manière dont fonctionne le cerveau, et en particulier dont il apprend, en simulant ses capacités sur des ordinateurs &#8211; qui en sont encore à leurs balbutiements. <em>Intelligence </em>est donc à prendre dans son sens anglais, celui qu&rsquo;on retrouve dans l&rsquo;Intelligence Service : c&rsquo;est une capacité à classer l&rsquo;information et à lui donner du sens.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais Gary écrivait, dans <em>Charge d&rsquo;âme </em>: « la technologie est le trou du cul de la science »… et de fait, l&rsquo;I.A. champ de recherche scientifique n&rsquo;a pas tardé à trouver des applications pratiques et rentables. Aujourd&rsquo;hui, elle prend des formes dites faibles, spécialisées sur une tâche donnée, ou plus fortes, et donc versatiles. On la retrouve presqu&rsquo;en synonyme d&rsquo; « informatique » : en 2024, on parle d&rsquo;I.A. pour tous ce qui consiste à chercher une logique dans une base de données, pour classer, reconnaître, prédire ou générer du sens.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Science, technologies… et imaginaire. Depuis la sortie de Chat-GPT (200 millions d&rsquo;utilisateurs en un mois !), l&rsquo;I.A. est aussi devenue un grand spectacle à échelle mondiale, occultant ses usages moins impressionnants mais plus quotidiens : détection de spam, sécurisation des comptes bancaires, optimisation des batteries… Lorsqu&rsquo;on parle d&rsquo;I.A., il faut d&rsquo;abord définir de quoi on parle : de ce qu&rsquo;elle a été, le champ scientifique ; de ce qu&rsquo;elle est, un ensemble de technologies qui touchent à des secteurs très variés ; ou de ce qu&rsquo;elle pourrait devenir, la source de menaces et d&rsquo;opportunités pour l&rsquo;écologie, le monde du travail et autres.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">De même pour tous ces grands mots, qui recouvrent des idées trop vastes et trop subjectives pour qu&rsquo;on puisse les saisir dans leur ensemble, qu&rsquo;on ne voit jamais que par facettes, incarnées dans des histoires individuelles. Je serais pour une définition de l&rsquo;amour par des histoires, pour un tableau de la vie par petites touches, ou un roman de la mort en scènes évidemment insuffisantes, dont l&rsquo;ensemble serait plus vrai qu&rsquo;une définition abstraite et générale.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="819" height="1024" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/DSC1087-819x1024.jpg" alt="" class="wp-image-471" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/DSC1087-819x1024.jpg 819w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/DSC1087-480x600.jpg 480w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/DSC1087-768x960.jpg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/DSC1087-1229x1536.jpg 1229w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/DSC1087-1638x2048.jpg 1638w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/DSC1087-scaled.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 819px) 100vw, 819px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Laura Sibony</em> <em>© Archives personnelles</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel type de réaction espériez-vous susciter chez vos lecteurs après avoir terminé Fantasia ? Y a-t-il une prise de conscience ou un changement de perspective que vous espérez voir émerger ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je suis surprise par la réaction des lecteurs. J&rsquo;espérais surtout faire une œuvre littéraire, c&rsquo;est-à-dire émouvoir, donner du sens à cet objet inconnu de Balzac ou de Proust qu&rsquo;est l&rsquo;intelligence artificielle. Et sans doute aussi secouer cette distinction si rigide qui sépare injustement les lettres des sciences. Or, je crois qu&rsquo;on me lit surtout pour l&rsquo;aspect technique de l&rsquo;I.A., pour trouver des réponses face aux angoisses que suscite un concept souvent mal défini, mal compris, et d&rsquo;autant plus menaçant.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">De toute façon, je n&rsquo;espérais rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un changement de point de vue, au mieux ! Si <em>Fantasia </em>a permis de rappeler que l&rsquo;intelligence artificielle a une histoire, que ses enjeux sont variés (et je n&rsquo;en illustre qu&rsquo;une partie : j&rsquo;assume de ne pas pouvoir être exhaustive !), mais que nous utilisons au quotidien des technologies d&rsquo;I.A. le plus souvent invisibles et inoffensives, ce sera déjà beaucoup, dans un débat devenu hystérique autour de la menace existentielle que représenterait l&rsquo;I.A. Et j&rsquo;espère l&rsquo;avoir fait sans naïveté, et sans occulter des méfaits qui, s&rsquo;ils existaient déjà avant l&rsquo;I.A., sont aujourd&rsquo;hui plus accessibles et plus viraux. La propagande, la manipulation, l&rsquo;enfermement communautaire, la radicalisation du discours… existaient bien avant l&rsquo;I.A. Mais la facilité à générer des deepfakes, les systèmes de curation de l&rsquo;information sur les réseaux sociaux, les mettent aujourd&rsquo;hui dans toutes les mains, même -et surtout !- les moins bien intentionnées. Cela, c&rsquo;est un danger, mais la solution ne peut pas y être que technique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans l’introduction du livre vous vous décrivez comme appartenant à une génération qui a vécu la transition entre l&rsquo;ère pré-IA et l&rsquo;ère numérique actuelle. Comment cette perspective influence-t-elle la manière dont vous interprétez l&rsquo;intelligence artificielle ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Difficile de dater la naissance de l&rsquo;I.A. ! Certains la situent avec l&rsquo;invention de la pascaline, la machine à calculer de Blaise Pascal, première externalisation d&rsquo;une faculté cognitive humaine ; d&rsquo;autres en 1956, lorsque le terme est figé à la conférence de Darmouth ; pour beaucoup elle va de pair avec le développement des réseaux sociaux et leur adoption massive en France, vers la fin des années 2000. De plus, on oublie que même aujourd&rsquo;hui, en 2024, près de deux milliards de personnes n&rsquo;ont pas un accès stable à l&rsquo;internet ! Je ne parlerais donc pas d&rsquo;ère pré-IA, mais plutôt d&rsquo;une génération qui a appris à chercher un DVD par sa cote avant de connaître les recommandations Netflix ou le scroll TikTok, qui a forgé des amitiés réelles avant de rencontrer des gens en ligne, et qui a désormais le rôle de témoin, entre des parents qui ne comprennent pas qu&rsquo;on envoie des mails quand on peut se téléphoner, et des jeunes enfants ou cousins qui ne comprennent pas qu&rsquo;on envoie des mails quand on peut envoyer des snaps.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense en tous cas que cette position de témoin est un observatoire idéal pour raconter l&rsquo;I.A., sans la rejeter puisqu&rsquo;elle fait partie du quotidien et apporte d&rsquo;incroyables bénéfices à l&rsquo;imagerie médicale, à la recherche pharmaceutique, aux transports, à l&rsquo;éducation et bien d&rsquo;autres secteurs ; sans naïveté non plus, et sans oublier surtout ses effets négatifs : addiction, encouragement d&rsquo;une forme de paresse intellectuelle, radicalisation du discours, enfermement dans des bulles de filtre, propagande, risque écologique… Dangers bien réels, qui existaient avant l&rsquo;I.A., mais qu&rsquo;elle amplifie. Raconter l&rsquo;I.A. ne suffira pas, et c&rsquo;est pourtant déjà essentiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Fantasia </em>fait régulièrement allusion à l&rsquo;IA créant de nouveaux mythes et peurs. Quelles sont, selon vous, les peurs les plus courantes associées à l&rsquo;IA et comment pourraient-elles être adressées ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je ne donne pas une conférence sans que quelqu&rsquo;un, à un moment, ne me demande : « vous parlez d&rsquo;intelligence artificielle, vous niez donc l&rsquo;intelligence humaine ? » ou « Puisque l&rsquo;I.A. va détruire la planète et nous voler nos emplois…? » (dans cet ordre !) Je trouve stérile l&rsquo;opposition frontale entre intelligence artificielle et humaine. Elle vient le plus souvent d&rsquo;une mauvaise traduction de l&rsquo;« intelligence » britannique, qui n&rsquo;est pas la « smartness » ou le «&nbsp;wit », mais simplement la capacité à classer l&rsquo;information. Et bien sûr d&rsquo;un traitement médiatique qui a tendance à jouer le duel de l&rsquo;homme contre la machine. Lorsque Kasparov affronte Deep Blue, IBM n&rsquo;a pas cherché à remplacer les joueurs d&rsquo;échecs. Ça n&rsquo;aurait aucun sens de remplacer des humains dans un jeu, dans ce qu&rsquo;ils savent et aiment faire. Non, le but pour IBM est de mieux comprendre comment l&rsquo;homme apprend à jouer, à créer des stratégies, à prévoir des coups, pour mieux le simuler sur des machines. La victoire de Deep Blue est un succès humain : ce sont des hommes qui ont réussi à suffisamment bien reproduire les mécanismes de l&rsquo;apprentissage pour battre un Grand Maître aux échecs. Donc les peurs existentielles ne sont pas infondées, et c&rsquo;est aussi la grandeur de l&rsquo;homme de craindre son inutilité dans une création domptée, mais elles viennent surtout d&rsquo;une incompréhension sur le rôle de l&rsquo;I.A.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En revanche, on devrait avoir plus peur des usages, bien humains, qu&rsquo;on fait de l&rsquo;I.A. ! Et en particulier de ses usages dans la curation de contenus sur les réseaux sociaux, qu&rsquo;on laisse, en tant que société, au pouvoir de grandes entreprises de la Silicon Valley qui ont un intérêt économique à retenir leurs utilisateurs sur les plateformes, quitte à valoriser du contenu mensonger, clivant, ou tellement personnalisé qu&rsquo;il nous enferme dans notre propre vision du monde, nous rendant sourds et aveugles à toute opinion étrangère.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment la littérature et les récits culturels contribuent-ils à façonner notre perception de l&rsquo;IA et de ses risques ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Savez-vous comment Sam Altman, directeur d&rsquo;OpenAI, a annoncé la sortie de GPT-4o ? Il s&rsquo;est contenté d&rsquo;un tweet de trois lettres : HER. Mais le succès de ce film (Her, Spike Jonze, 2013) a été si grand, il pose une question si juste sur l&rsquo;authenticité de la rencontre et du rapport amoureux, que tout le monde savait à quoi Sam Altman faisait référence. Voilà la force des récits : il font tenir en trois petites lettres un univers d&rsquo;angoisses, de questionnements, d&rsquo;espoirs qu&rsquo;on ne saurait formuler autrement que par des histoires et des personnages.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La littérature, en particulier, a beaucoup d&rsquo;avantages : et l&rsquo;un, de taille, c&rsquo;est qu&rsquo;en 350 pages, contrairement à un post Facebook, il y a peu de chances, statistiquement, que vous soyez entièrement d&rsquo;accord avec tout, du début à la fin. Un livre est une pensée qui se développe sur plusieurs centaines de pages, ce qui pousse presqu&rsquo;à tous les coups à réfléchir, à changer de point de vue, à s&rsquo;interroger. Même un plongeur distrait ne peut pas revenir d&rsquo;une telle aventure avec seulement un like. Et c&rsquo;est une aventure exigeante, qui force à créer nos propres images à l&rsquo;heure où on peut en générer de toutes pièces. Un livre est une création, tandis que Chat-GPT ne pourra jamais produire que de la génération de textes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Votre approche dans <em>Fantasia </em>semble éviter de prendre une position claire sur l&rsquo;intelligence artificielle. Est-ce parce que vous avez voulu éviter de transformer l&rsquo;œuvre en un essai d&rsquo;opinion, ou avez-vous plutôt cherché à présenter une vision ouverte et nuancée ? Peut-être êtes-vous vous-même encore indécise sur ce sujet ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; La vie, pour ou contre ? L&rsquo;amour, c&rsquo;est oui ou c&rsquo;est non ? Il y a des concepts trop vastes et trop mal définis, qu&rsquo;on saisit uniquement par facettes, et sur lesquels il serait absurde de porter un jugement unique et définitif. Je peux juger de l&rsquo;usage que Cambridge Analytica fait de l&rsquo;I.A., et en l&rsquo;occurrence le rejeter très nettement : cette entreprise utilisait l&rsquo;intelligence artificielle pour cibler les personnes les plus à même de s&rsquo;abstenir, et les types d&rsquo;arguments qui les feraient changer d&rsquo;opinion, afin d&rsquo;influer sur les votes du Brexit ou de l&rsquo;élection présidentielle américaine. Je peux aussi m&rsquo;émerveiller de son usage en endoscopie médicale, et des formidables progrès de ces dernières années, qui lui permettent de guider le médecin dans l&rsquo;opération des polypes, au bénéfice de tous. Mais l&rsquo;I.A. en soi, sans précision… je ne peux ni la rejeter en bloc, ni applaudir tous ses effets.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, le format « livre papier » se serait mal prêté à un sujet aussi protéiforme, et en évolution aussi rapide que l&rsquo;I.A. J&rsquo;aurais craint de porter des jugements définitifs sur un ensemble de technologies dont le propre est justement d&rsquo;apprendre sur des bases de données qui évoluent.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je dirais que je n&rsquo;ai, en effet, pas une position claire sur l&rsquo;I.A…. J&rsquo;en ai plusieurs !&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Laura Sibony est écrivaine, enseignante à HEC, Sciences Po et à l&rsquo;Université de Strasbourg, et conférencière. Ancienne senior writer au BCG, Lab Coordinator à Google Arts &amp; Culture, elle combine une expérience variée dans les domaines de l&rsquo;écriture, de l&rsquo;enseignement et des cultures numériques, en particulier l&rsquo;intelligence artificielle.</em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="512" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/un-thriller-captivant-et-impeccablement-structure-offrant-des-retournements-de-situation-inoubliables.g-4-1024x512.jpg" alt="" class="wp-image-646" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/un-thriller-captivant-et-impeccablement-structure-offrant-des-retournements-de-situation-inoubliables.g-4-1024x512.jpg 1024w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/un-thriller-captivant-et-impeccablement-structure-offrant-des-retournements-de-situation-inoubliables.g-4-600x300.jpg 600w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/un-thriller-captivant-et-impeccablement-structure-offrant-des-retournements-de-situation-inoubliables.g-4-768x384.jpg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/un-thriller-captivant-et-impeccablement-structure-offrant-des-retournements-de-situation-inoubliables.g-4-1536x768.jpg 1536w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/un-thriller-captivant-et-impeccablement-structure-offrant-des-retournements-de-situation-inoubliables.g-4.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
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		<title>Des Ondes Aux Pages : Mathieu Palain Explore Les Violences Faites Aux Femmes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anna]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Jul 2024 18:56:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
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					<description><![CDATA[Fort du succès de la série de podcasts&#160;Des hommes violents&#160;diffusée sur&#160;France Culture&#160;il y a six ans, le journaliste Mathieu Palain poursuit son enquête dans son livre&#160;Nos pères, nos frères, nos amis,&#160;paru le 12 janvier 2023, aux éditions&#160;Les Arènes.&#160;Ce livre est le fruit d’une longue immersion qui lui a permis de recueillir de rares témoignages dans [...]]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fort du succès de la série de podcasts&nbsp;</strong><a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-des-hommes-violents" target="_blank" rel="noopener"><strong><em>Des hommes violents</em></strong><strong>&nbsp;diffusée sur&nbsp;</strong><strong><em>France Culture</em></strong></a><strong>&nbsp;il y a six ans, le journaliste Mathieu Palain poursuit son enquête dans son livre&nbsp;</strong><strong><em>Nos pères, nos frères, nos amis,</em></strong><strong>&nbsp;paru le 12 janvier 2023, aux éditions&nbsp;</strong><strong><em>Les Arènes.&nbsp;</em></strong><strong>Ce livre est le fruit d’une longue immersion qui lui a permis de recueillir de rares témoignages dans des groupes de paroles, dans une Maison des femmes, à des auditions judiciaires. Au plus près du réel, empruntant des techniques de l&rsquo;écriture journalistique, le livre de Mathieu Palain est habilement tissé dans une trame narrative captivante.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Grâce à ses débuts dans le journalisme, Mathieu Palain a acquis une solide expérience dans la rédaction de longs articles, la recherche approfondie et la narration. Il considère cette période comme un précieux entraînement qui a ensuite servi de base pour se lancer dans l&rsquo;écriture en tant que romancier. « Je suis sorti de l&rsquo;école de journalisme en 2011 et je suis immédiatement rentré à&nbsp;<em>Libération.</em>&nbsp;J’ai tout de suite beaucoup écrit, beaucoup publié, donc ça m’a formé assez rapidement, Puis, j’ai commencé à travailler pour d&rsquo;autres journaux notamment pour la revue&nbsp;<em>XXI</em>, qui m&rsquo;a envoyé pour la première fois en reportage aux Etats- Unis. C&rsquo;était quelque chose d’exceptionnel : j&rsquo;avais 23 ans, j&rsquo;étais encore débutant et on m’a fait confiance en m&rsquo;envoyant à New York pendant un mois pour enquêter sur l&rsquo;histoire d’un homme. En plus, c’était l&rsquo; endroit où j&rsquo; avais envie d’aller : une revue de grand reportage qui laissait le temps d&rsquo;aller sur le terrain, et qui te laissait ensuite du temps pour raconter. Il s&rsquo;agissait de très long articles entre 25000-50000 signes. Donc, c&rsquo;était un luxe que je n’aurais pu trouver nulle par ailleurs dans la presse française. Le journalisme était une véritable école qui m’a permis d’apprendre à bien écrire, à maintenir le récit sur la longueur. Je pense que ça m&rsquo;a servi d&rsquo;entraînement pour ensuite écrire un livre », raconte Mathieu.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Roman vs. Podcasts : Quels Apports ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La décision de Mathieu Palain de poursuivre son enquête dans un roman plutôt qu’une série de podcasts, ne sous-entend nullement une insuffisance du format podcast. En l&rsquo;occurrence, le roman ne devient qu’un moyen complémentaire : « Je n’avais pas du tout l&rsquo;idée, en commençant la série, de poursuivre mon travail dans un roman. En arrivant au bout de ces podcasts, j&rsquo;ai eu l’impression d’avoir raconté une histoire qui se tenait mais qui n&rsquo;était pas complète, dans le sens où je n’avais pas vraiment répondu aux questions&nbsp;<em>pourquoi les hommes frappent</em>,&nbsp;<em>d&rsquo;où vient leur violence&nbsp;</em>&nbsp;et&nbsp;<em>comment y mettre fin ?</em>», souligne Mathieu Palain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’autre raison pour laquelle il a décidé de se lancer dans l&rsquo;écriture du livre, étaient les innombrables retours de ses auditeurs. « J’ai reçu des dizaines de mails de femmes et d’hommes qui étaient concernés, ce qui m’a donné envie d’aller plus loin. En fait, je ne me voyais pas poursuivre l&rsquo;enquête dans une suite de podcasts. La seule forme qui me semblait intéressante, c&rsquo;était le livre. J’ai décidé de prendre toute cette matière, à la fois une partie telle qu’elle a été diffusée à l’antenne et toute la suite de l&rsquo;enquête qui était nouvelle pour comprendre d&rsquo;où vient la violence et réaliser que les monstres n’existent pas. Ce sont nos pères, nos frères, nos amis. Donc, le livre a apporté plus d’exploration thématique approfondie, plus d’espace de liberté ainsi que plus d&rsquo;écho par rapport aux podcasts. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mathieu Palain déclare emprunter toujours les mêmes outils méthodologiques, que ce soit pour un livre ou pour un podcast : l&rsquo;interview, le reportage, la prise de notes. Toutes ses productions tirent leurs sources sur le terrain : « Je vais sur le terrain d’abord, je pose beaucoup de questions, je prends des notes, je regarde, j’observe, je suis en reportage et seulement ensuite j&rsquo;écris une histoire. Et c’est dans ce sens-là que ça se passe. Je n’invente pas une histoire tout seule, dans mon bureau et puis fais en sorte qu’elle ressemble à du journalisme. Je ne suis pas capable d’invention réelle. Je ne peux pas ouvrir une page blanche et inventer une histoire qui serait intéressante. Il faut qu’elle passe par le journalisme, et donc par le terrain.», nous explique Mathieu.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Je ne peux pas ouvrir une page blanche et inventer une histoire qui serait intéressante. Il faut qu’elle passe par le journalisme, et donc par le terrain.</p>
</blockquote>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Journalisme et Littérature : Où est la Frontière ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mathieu Palain définit le journalisme comme<em>&nbsp;couverture des faits qui ont été vérifiés</em>. Il est persuadé qu’il est tout à fait possible de raconter des histoires vraies qui sont captivantes au même titre qu’une histoire qui pourrait être inventée et qui serait racontée dans un roman. « C&rsquo;est là où le mélange des genres se fait. Est-ce que vous arrivez, par votre style et votre rigueur journalistique, à captiver un lecteur de la même manière qu’il le serait s’il avait un roman entre les mains ? Écrire vrai ne veut pas dire écrire mal. Pour moi, l’existence de la frontière entre le journalisme et la littérature n’est qu’une simple vue d’esprit, parce qu’on écrit une histoire, que ce soit un écrivain de fiction ou un journaliste, pour qu’elle soit lue, pour qu’elle s’adresse à un lecteur. Comme le disait Françoise Giroud : « Ce n&rsquo;est pas la peine d&rsquo;avoir du talent à la cinquième ligne si le lecteur ne dépasse pas la troisième.» Si ton but est de captiver le lecteur pour qu’il te suive jusqu&rsquo;à la dernière ligne, quand tu es journaliste, alors tu vise des techniques de narration et donc des technique littéraires pour le garder avec toi, pour raconter l’histoire jusqu’au bout. Cela veut dire qu’il ne faut pas se priver de dire&nbsp;<em>je</em>, ne pas se priver d’utiliser le dialogue à la forme directe, ne pas se priver d’introspection, de rentrer dans la psychologie des personnages. Pourquoi au nom du journalisme on devrait écrire mal ou écrire chiant ? Évidemment, il est beaucoup plus compliqué de faire du journalisme narratif, plutôt que de faire de la fiction, parce que dans la première forme on doit respecter la véracité des faits et les propos des personnages qui sont, d’ailleurs, des vraies personnes, ce qui nous oblige beaucoup plus ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mathieu Palain assume l’utilisation des procédés de la fiction pour raconter de la non-fiction en tant que journaliste littéraire. Mais à force de jouer avec la fiction, les lecteurs doutent souvent de la véracité de l’histoire. Alors, comment éviter que le lecteur doute de ce qu’on lui raconte ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">« C’est ce que fait Emmanuel Carrère. Il mélange la fiction et le réel pour tromper le lecteur. C’est ce que fait aussi Bret Easton Ellis dans son livre&nbsp;<em>Les éclats</em>. Il mélange des faits réels de sa propre autobiographie avec de la fiction totalement inventée. Je pense que c’est assez déroutant parce qu&rsquo;on a envie d&rsquo;y croire et en même temps on se doute que tout n’est pas vrai.», souligne Mathieu Palain. D’ailleurs c’est le cas aussi de son premier livre,&nbsp;<em>Sale gosse,&nbsp;</em>publié en 2019, aux éditions L&rsquo;Iconoclaste : « Il est inspiré des faits réels. Là, il y a de la fiction qui est totalement assumée, tandis que&nbsp;<em>Nos pères, nos frère, nos amis&nbsp;</em>est un livre de journaliste. C’est pour ça d&rsquo;ailleurs qu’il est publié aux Arènes, une maison d&rsquo;édition qui ne publie pas de fiction. Je me suis pas amusé à tromper le lecteur dans ce livre en mélangeant la fiction et la non-fiction. Il n’y a que de la fiction, malgré l’utilisation des techniques littéraires », explique Mathieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Effectivement,&nbsp;<em>Nos pères, nos frère, nos amis&nbsp;</em>oscille également entre les deux types de narration : immersif et informatif. D’une part, l’auteur fait appel aux techniques littéraires telles que la création des images vivantes, le développement des personnages, des métaphores, des analogies et des détails sensoriels qui donnent une certaine poéticité au texte. D’autre part, il donne de nombreuses informations factuelles. Ce sont les données, les chiffres, les sources extérieures, la transcription de vrais dialogues qui viennent donner du poids à la fiabilité du roman et permettent aux lecteurs de faire confiance à ce que l’auteur raconte.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;Objectivité, Une Chimère</strong> ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe du journalisme traditionnel consiste à présenter les faits de façon objective et équitable pour informer le public. Autrement dit, il a pour but de collecter, vérifier, sélectionner et synthétiser les faits afin d’en donner une vision objective. Dans la plupart des codes de déontologie journalistique, le concept de l&rsquo;objectivité est présenté sous différentes règles que doit respecter le journaliste : rester neutre; s’abstenir de faire intervenir ses émotions et ses sentiments dans son écriture; être clair dans ses descriptions de la réalité, bannir l’approximation, l’invention, le mensonge, le rumeur; savoir sélectionner et agencer les éléments pertinents pour que la narration soit le plus proche possible de l’objet présenté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec le déploiement universel des médias sociaux, de plus en plus de journalistes et d’analystes de médias interrogent sur la place de l&rsquo;objectivité dans l&rsquo;éthique professionnelle journalistique. Nombreux sont ceux qui ne le considèrent plus comme un idéal professionnel. Cette mise en question de l&rsquo;objectivité s’appuie souvent sur les conditions externes de travail du journaliste et sur le caractère de l&rsquo;écriture journalistique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le journalisme, il existe ce qu’on appelle un angle journalistique. Il s’agit de l’idée principale d’un article que l’on retrouve dans son accroche. C’est l’élément d’information principale que le journaliste a appris dans son enquête et que le reste de l’article doit développer. Trouver l’angle oblige le rédacteur à être critique face à un sujet et un reportage. Il y a deux questions à se poser : tout ce que j’ai vu, entendu, senti, compris grâce à ma connaissance préalable du sujet, qu’est-ce que ça veut dire ? Et du coup, qu’est-ce que je veux dire ? Ce « ce que je veux dire » constitue l’angle de l’article journalistique. Lors du choix de son angle, le journaliste doit également se demander : à travers quel aspect ai-je le plus de chances de donner une vue exacte des choses, quelles questions sont susceptibles d&rsquo;intéresser le plus mes lecteurs ? Et c’est exactement là que la subjectivité individuelle du rédacteur ou celle de l’ensemble de l&rsquo;équipe rédactionnelle se met en avant. Le choix de la façon de traiter une assemblée générale, un congrès, un match ou le parcours d’une célébrité dépend, en l&rsquo;occurrence, de la créativité et de la subjectivité du journaliste. La sélection des informations, le choix de l’angle et le message essentiel sont le reflet d’une attitude personnelle.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon Mathieu Palain, l&rsquo;objectivité journalistique n&rsquo;existe pas : cela peut être un « indice de confiance » ou de « qualité » des connaissances, mais pas un synonyme de vérité. Un narrateur « objectif » est nécessairement soumis à une expérience de réalité subjective et personnelle : « L&rsquo;objectivité c’est une chimère. Il n’est absolument pas possible d&rsquo;être objectif parce qu&rsquo;un journaliste ou un auteur raconte le monde à travers son regard, sa personnalité, son histoire, l’histoire de ses parents. Il est profondément marqué par l’endroit où il a grandi, par l’endroit qu&rsquo; il a quitté, par sa culture. Donc il est absolument impossible d&rsquo;être objectif sinon cela voudrait dire qu&rsquo;à partir du moment où je suis journaliste, je débranche mon cerveau et je supprime tout ce qui fait que je suis moi, avec mon histoire. », explique Mathieu Palain. Il propose de remplacer le concept d&rsquo;objectivité par l&rsquo;honnêteté, idéal vers lequel il faut tendre et qui peut être un puissant moteur du métier d’informer : « Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;objectivité qui est objective, c’est l&rsquo;honnêteté. Il faut savoir qu&rsquo;on ne peut pas être objectif et que par essence on est subjectif. C’est cette honnêteté là dont on a besoin pour ne pas tromper le lecteur, pour lui dire qui parle. C’est d’ailleurs pour ça que parfois l’emploi de la première personne du singulier est recommandé dans les textes pour justement être transparent envers le lecteur. Le <em>je </em>est un rappel constant de l’auteur pour que le lecteur sache que l’histoire lui est raconté par un homme ou par une femme qui a décidé de raconter ce sujet pour une bonne raison, qu’il s’est interessé à ce sujet plutôt qu’à un autre pour une bonne raison aussi. Cette honnêteté là, elle honore le métier, et ceux qui parlent de l&rsquo;objectivité, à mon avis, sont des menteurs.», assure Mathieu Palain.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="512" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/un-thriller-captivant-et-impeccablement-structure-offrant-des-retournements-de-situation-inoubliables.g-5-1024x512.jpg" alt="" class="wp-image-651" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/un-thriller-captivant-et-impeccablement-structure-offrant-des-retournements-de-situation-inoubliables.g-5-1024x512.jpg 1024w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/un-thriller-captivant-et-impeccablement-structure-offrant-des-retournements-de-situation-inoubliables.g-5-600x300.jpg 600w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/un-thriller-captivant-et-impeccablement-structure-offrant-des-retournements-de-situation-inoubliables.g-5-768x384.jpg 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/un-thriller-captivant-et-impeccablement-structure-offrant-des-retournements-de-situation-inoubliables.g-5-1536x768.jpg 1536w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/un-thriller-captivant-et-impeccablement-structure-offrant-des-retournements-de-situation-inoubliables.g-5.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
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		<title>Par les Traces des Rêves d’Enfance avec Anne-Gaëlle Huon</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anna]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Jul 2024 13:40:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités Littéraires]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
		<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Nouveaux Livres]]></category>
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					<description><![CDATA[L&#8217;auteure française de best-sellers revient avec son nouveau roman, Le Rossignol ( publié par les éditions Albin Michel ). Poétique et émouvant, ce récit délicat révèle une plume où chaque mot est soigneusement choisi. Inspirée par les Chanteurs d’oiseaux et la Baie de Somme, Anne-Gaëlle Huon narre une histoire d&#8217;amitié et de rivalité dans une [...]]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;auteure française de best-sellers revient avec son nouveau roman, <em>Le Rossignol</em> ( publié par les éditions Albin Michel</strong> )<strong>. Poétique et émouvant, ce récit délicat révèle une plume où chaque mot est soigneusement choisi. Inspirée par les Chanteurs d’oiseaux et la Baie de Somme, Anne-Gaëlle Huon narre une histoire d&rsquo;amitié et de rivalité dans une nature mystique. À l&rsquo;occasion de cette sortie, <em>CaféLitté</em> a rencontré l&rsquo;auteure.</strong></p>



<figure class="wp-block-video"><video height="720" style="aspect-ratio: 1280 / 720;" width="1280" controls src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/Anne-Gaelle-Huon-1-2.mp4"></video></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Anne-Gaëlle, pourriez-vous nous présenter votre dernier roman et nous expliquer pourquoi vous avez choisi les Chanteurs d&rsquo;oiseaux et la Baie de Somme comme décor extraordinaire pour cette histoire ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le Rossignol</em> est avant tout une histoire d&rsquo;amitié profonde entre deux petits garçons, une amitié indéfectible où ils se promettent de rester liés quoi qu&rsquo;il arrive, une véritable promesse d&rsquo;enfance. Cette histoire, qui me hantait depuis longtemps, se déroule dans la Baie de Somme, en Picardie, une volière à ciel ouvert. Je cherchais un cadre pour cette histoire qui habitait déjà mes pensées depuis un certain temps, et j&rsquo;ai été inspirée par un spectacle à Paris où deux hommes imitaient des oiseaux. Ces hommes m&rsquo;ont rappelé les deux petits garçons qui habitaient déjà mes pensées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;ai donc décidé de visiter la Baie de Somme pour voir comment cela pourrait s&rsquo;intégrer. La baie est un paysage éphémère, constamment remodelé par la mer qui recouvre chaque jour le sable et les lieux. Ce territoire éphémère faisait écho à celui de l&rsquo;enfance, et je voulais vraiment aborder ce thème dans ce livre, ainsi que les promesses que l&rsquo;on se fait et parfois que l&rsquo;on ne parvient pas à tenir.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">L’enfance est faite de promesses qu’on passe une vie à trahir. <br><strong><em>Le Rossignol</em> </strong></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, ces deux petits garçons se retrouvent trente ans plus tard, et le roman explore le mystère de ce qui a pu se passer entre eux. Comment ces deux adultes qu&rsquo;ils sont devenus parviendront-ils à rester fidèles aux enfants qu&rsquo;ils étaient ? C&rsquo;est le véritable sujet du roman.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le Rossignol</em> explore les promesses de l&rsquo;enfance et la manière dont nous restons fidèles à nos rêves, ainsi que les défis auxquels font face ceux qui peinent à trouver leur place dans ce monde.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Anne-Gaëlle Huon : Nouveau Livre &quot; Le Rossignol &quot;" width="1020" height="574" src="https://www.youtube.com/embed/NZBCjHcQ5HU?start=15&#038;feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment décririez-vous votre style d&rsquo;écriture ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je conçois mes romans comme je souhaiterais les lire moi-même. Étant une lectrice impatiente, j&rsquo;apprécie un rythme rapide, une approche qui reflète notre époque où beaucoup regardent des séries et vont souvent au cinéma. En tant que scénariste, je construis mes récits avec des chapitres courts, une tension constante, des mystères et des révélations progressifs. C&rsquo;est ce dynamisme narratif qui, comme dans une série captivante, maintient l&rsquo;intérêt du lecteur tout au long du livre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel auteur ou quelle œuvre a inspiré votre plume pour le <em>Rossignol</em> ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un livre a profondément influencé mon écriture pour <em>Le Rossignol. </em>Il s&rsquo;agit <em>Des diables et des saints</em> de Jean-Baptiste Andréa. Ce roman m&rsquo;a émue par sa construction narrative et la sensibilité de son écriture. L’histoire, racontée à la première personne par un vieux monsieur jouant du piano dans une gare, explore avec poésie et émotion l’amitié et l’enfance, malgré les moments dramatiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que j&rsquo;admire particulièrement chez Jean-Baptiste Andréa, c&rsquo;est sa plume poétique et fluide qui transmet des images touchantes sans en faire trop. En tant que scénariste, j&rsquo;apprécie également son talent pour construire des histoires structurées et captivantes, comme un film qui vous emporte à chaque chapitre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour moi, Jean-Baptiste Andréa représente l&rsquo;un des meilleurs auteurs de notre époque. En écrivant <em>Le Rossignol</em>, ce livre a été un guide rassurant, et j&rsquo;ai rendu hommage à son influence en citant une partition musicale en exergue, à l&rsquo;instar de ce qu&rsquo;il a fait avec Beethoven dans <em>Des diables et des saints.</em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="332" src="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/1d8820_c2357811d587490d9ab76db955bf230amv2-1024x332.webp" alt="" class="wp-image-227" srcset="https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/1d8820_c2357811d587490d9ab76db955bf230amv2-1024x332.webp 1024w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/1d8820_c2357811d587490d9ab76db955bf230amv2-600x194.webp 600w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/1d8820_c2357811d587490d9ab76db955bf230amv2-768x249.webp 768w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/1d8820_c2357811d587490d9ab76db955bf230amv2-1536x497.webp 1536w, https://cafelitte.fr/wp-content/uploads/2024/07/1d8820_c2357811d587490d9ab76db955bf230amv2.webp 1899w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
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		<title>David Foenkinos : Portrait Chinois</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anna]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Jul 2024 18:23:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
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					<description><![CDATA[Si vous étiez un livre, vous seriez … ?Un homme&#160;de Philip Roth, l’un de mes écrivains préférés. Ce livre de 150 pages aborde des thèmes tels que la maladie, l’amour, la sexualité, le corps et la vieillesse. Pour moi, c’est une œuvre totale et absolue. Si vous étiez un personnage littéraire, vous seriez … ?L’idiot [...]]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez un livre, vous seriez … ?</strong><br><em>Un homme</em>&nbsp;de Philip Roth, l’un de mes écrivains préférés. Ce livre de 150 pages aborde des thèmes tels que la maladie, l’amour, la sexualité, le corps et la vieillesse. Pour moi, c’est une œuvre totale et absolue.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez un personnage littéraire, vous seriez … ?</strong><br>L’idiot de Dostoïevski, car j’adore ce personnage qui, au fil du temps, devient intelligent.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez une œuvre d’art, vous seriez … ?</strong><br>Je dirais un tableau de Charlotte Solomon où elle peint Alfred.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez une couleur, vous seriez … ?</strong><br>Le mauve, car c’est une couleur assez mélancolique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez une ville, vous seriez … ?</strong><br>Je pense que je serais Berlin. J’aime beaucoup l’Allemagne, peut-être en lien avec mes recherches sur Charlotte Solomon. Mais si vous me posez la question demain, ma réponse pourrait changer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez un plat, vous seriez … ?</strong><br>Un plat italien.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez un film, vous seriez … ?</strong><br><em>Eternal Sunshine of the Spotless Mind</em>, un film de Michel Gondry qui me fascine. Il traite de l’idée d’effacer la mémoire amoureuse en cas de souffrance, tout en montrant que les personnages finissent par se retrouver.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez une chanson ou une œuvre musicale, vous seriez … ?</strong><br>Je pense que ce serait&nbsp;<em>Mind Games</em>&nbsp;de John Lennon, qui parle des jeux d’esprit. C’est une chanson assez vertigineuse. D’ailleurs, j’ai écrit un livre sur John Lennon. Mais il y a tellement d’autres chansons qui me viennent à l’esprit.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez un moment de la journée, vous seriez … ?</strong><br>Je sais que ce serait plus cool de dire la nuit à 2 heures du matin, mais mon moment préféré est en fait 8h35 le matin.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez une émotion, vous seriez … ?</strong><br>La mélancolie, mais la mélancolie joyeuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous étiez une citation, vous seriez … ?</strong><br>«&nbsp;En vain la raison me dénonce la dictature de la sensualité.&nbsp;» d’Aragon. Je suis fasciné par cette expression, car je pense qu’en tant qu’écrivain, on est soumis à cette dictature.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="DAVID FOENKINOS : Portrait Chinois" width="1020" height="574" src="https://www.youtube.com/embed/nwzItWqb4qQ?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
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<p class="wp-block-paragraph"><em>Lire aussi <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f449.png" alt="👉" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> <a href="https://cafelitte.fr/blog/interviews/david-foenkinos-interview-ecrivain/" data-type="link" data-id="https://cafelitte.fr/blog/interviews/david-foenkinos-interview-ecrivain/">« Quand on est écrivain, on est soumis à la dictature de la sensualité » : David Foenkinos</a></em></p>


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