Le 27 janvier, la librairie Écume des pages a accueilli Philippe Vilain à l’occasion de la parution de son nouvel ouvrage, La promesse : échapper aux vaines paroles, publié aux éditions Autrement ( collection Les grands mots ). Dans cet essai dense et personnel, l’écrivain interroge la portée morale, intime et politique de la promesse à une époque où la parole semble souvent galvaudée. Une rencontre placée sous le signe de la responsabilité du langage et de l’engagement envers l’autre.
« La promesse est une passion altruiste, il s’agit de partager comme de vivre une émotion commune. » Pourquoi promettons-nous ? Que mettons-nous en jeu lorsque nous nous engageons à tenir parole ? La promesse revêt une vertu sacrificielle, absolue, mais se vide de sens lorsqu’elle est énoncée sans sincérité. Mêlant réflexions philosophiques, littéraires et expériences personnelles, Philippe Vilain ausculte ce que la promesse d’amour, la parole politique, le serment à soi-même révèlent de notre humanité : notre rapport à l’autre, à nous-même, à la morale, au temps. Il interroge le geste simple de dire Je promets dans le vacarme assourdissant de notre époque et s’attache à la promesse pour redonner de la valeur au langage.
« Je ne me sens pas romancier. Je ne crois pas raconter des histoires, en réalité. C’est quelque chose d’impossible pour moi. Il y aurait une forme de vanité de l’écriture si j’avais à le faire. » Dès les premières minutes de la rencontre, Philippe Vilain précise son rapport à l’écriture. Loin de la fiction romanesque, son geste d’auteur passe par la réflexion, qu’il décrit comme une respiration nécessaire. « Je suis obligé d’avoir cette respiration-là, qui passe par la pensée », explique-t-il, comparant ses essais à des études préalables, à l’image de celles que réalisent les peintres avant un tableau. « Mes essais sont aussi ces études-là. »
Cette démarche s’accorde pleinement avec l’esprit de la collection Les grands mots, dirigée par Alexandre Lacroix : partir d’un mot— ici, la promesse — sans tomber dans l’abstraction générale ni dans l’illusion de l’exhaustivité. « J’étais assez embarrassé au départ », reconnaît Philippe Vilain. « Ce n’est pas évident de travailler sur un grand mot sans devenir trop général. Il ne s’agit pas de faire un travail doctoral en épuisant un sujet, ce qui n’aurait évidemment aucun sens. »
La contrainte devient alors une méthode : partir de l’expérience personnelle, puis convoquer la littérature et la philosophie pour l’éclairer. « Il faut une dimension empirique. Partir de sa propre expérience de la promesse, et voir ensuite ce que la pensée peut en dire. »
Parmi les philosophes qui nourrissent cette réflexion, Friedrich Nietzsche occupe une place décisive. Philippe Vilain ouvre son livre sur un fragment d’Aurore (fragment 350), qu’il lit à voix haute lors de la rencontre :
« Lorsque l’on fait une promesse, ce n’est pas la parole qui promet, mais ce qu’il y a d’inexprimé derrière la parole. Les mots affaiblissent même une promesse en déchargeant et en usant une force qui est une partie de cette force qui promet. Faites-vous donc donner la main en mettant un doigt sur la bouche, — c’est ainsi que vous faites les vœux les plus sûrs. »
Friedrich Nietzsche, Aurore, fragment 350.
Ce passage agit comme un révélateur. Les plus belles promesses, selon Nietzsche, ne seraient pas celles que l’on énonce, mais celles que l’on porte en soi — souvent par crainte de décevoir, car le risque de toute promesse demeure celui de ne pas la tenir.
C’est précisément à partir de cette pensée que s’est imposée l’expérience fondatrice du livre. « La promesse à partir de laquelle j’ai écrit ce texte est en réalité une promesse que je n’ai jamais énoncée », confie Philippe Vilain. Après la mort de son père, il se fait intérieurement ce serment : « veiller sur sa mère, être toujours à ses côtés, l’accompagner le plus longtemps possible et améliorer, autant qu’il le pouvais, sa vie ».
En fin de rencontre, Philippe Vilain revient sur une autre forme de promesse, plus discrète encore : celle qu’il s’est faite en devenant écrivain. « Devenir écrivain, j’y suis parvenu. Mais en même temps, c’était une promesse que j’ai tenue, et que je me suis faite. » Une promesse qui ne se confond pas avec le simple fait de publier. « Publier pour publier ne m’aurait jamais intéressé. » Ce qui était en jeu, explique-t-il, relevait d’une exigence intérieure : « Je voulais être fidèle à une certaine manière d’écrire, à une certaine littérature. Je ne voulais pas ajouter mon assiette sur la pile. » Une exigence parfois excessive, « presque trop grande par rapport à mes capacités de l’époque ». Être écrivain, pour Philippe Vilain, ne signifie donc pas seulement écrire ou publier, mais continuer sans se trahir. « Je saurais faire une littérature commerciale », reconnaît-il. « J’en connais les recettes. Mais alors, je ne serais pas l’écrivain que je voulais être. Et ça serait terrible… »
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