Médecin de formation reconverti en chanteur à 25 ans, Ben Mazué s’est imposé comme l’une des plumes les plus poétiques et philosophiques de la chanson française. Prix SACEM des découvertes, Prix Paris Jeunes Talents, deux albums certifiés platine, prix Jacques Brel, Victoire de la Musique… le parcours parle de lui-même. Mais ce qui distingue vraiment cet artiste, c’est la densité rare de ses textes — une poésie du quotidien, une mélancolie construite, une façon de raconter la vie qui fait de chaque chanson une petite œuvre littéraire. À cafelitte.fr, nous ne pouvions pas rester indifférents. Alors quand la Péniche Nanna nous a offert l’occasion de le croiser lors de son premier événement littéraire parisien, nous en avons profité pour parler avec lui de littérature, d’écriture, et de ce qui fait la langue de Ben Mazué.
Ben, vos textes ont quelque chose de rare — une densité, une précision dans le choix des mots — qu’on trouve davantage en littérature qu’en chanson. Est-ce que la littérature occupe une place importante dans votre vie ?
Ben Mazué : Certainement. La littérature au sens des romans, pas tant que ça. Je lis, je pense, pas assez. Mais est-ce que la littérature occupe une place importante ? Je pense quand même oui. J’ai l’impression d’avoir une définition du mot littérature très large, qui comprend vraiment tout ce qui peut me raconter une histoire avec délicatesse et poésie. Je tiens ça du fait que je suis un ancien médecin — en médecine, la littérature désigne tout ce qui peut sortir comme écrit à propos de la médecine. J’ai donc un sens assez large de la littérature, dans lequel je mets un peu le cinéma, peut-être un peu la poésie.
Quels sont les auteurs qui vous ont marqué ou qui vous ont appris à écrire ?
Ben Mazué : Mon père. Il écrit. Je me suis beaucoup inspiré de lui dans ma façon d’écrire. Il est architecte — il a une façon d’agencer les mots, d’agencer les phrases dans une lettre qui lui donne du rythme. Et j’ai compris grâce à lui à quel point le rythme, c’est essentiel pour émouvoir. Bien plus que les mots, quasiment. Ensuite, parmi les auteurs professionnels… plein. C’est difficile comme question.
Vous avez notamment cité Murakami parmi vos lectures marquantes — et plus particulièrement un livre atypique dans son œuvre…
Ben Mazué : Murakami, j’adore. J’ai cité l’un de ses livres, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, qui n’est pas vraiment du Murakami dans le sens où ce n’est pas un roman. C’est un livre qui a beaucoup compté chez moi. Je viens aussi de lire La Vie d’Edmond Albius de Gaëlle Bélem — l’histoire de l’homme qui a trouvé comment féconder la vanille sur l’île de La Réunion. J’ai adoré ce livre. Nicolas Mathieu, ici présent, a beaucoup compté dans ma façon de construire la mélancolie, comment on peut trouver belle la mélancolie. […] Je ne sais pas si vous vous êtes déjà posé la question : quels auteurs vous ont vraiment marqués… mais beaucoup, vraiment.
Je vais commencer L’Homme trompé. J’ai fini le livre de Gaëlle Bélem, je suis entre les deux. Je lis aussi Les Assoiffées de Camille Charvet mais ce n’est pas de la littérature, c’est le livre d’une psychiatre addictologue qui raconte ses expériences en tant qu’addictologue.
Et une dernière question : vous écrivez d’abord les paroles ou la mélodie ?
Ben Mazué : J’écris les deux en même temps, c’est obligatoire. Je ne dissocie pas.
Et est-ce qu’on peut dire que vos textes sont de la littérature si on enlève la musique ?
Ben Mazué : Je ne sais pas si mes textes, en particulier, sont de la littérature. Est-ce que la poésie est de la littérature ?
Oui, bien sûr.
Ben Mazué : Oui, alors…
Propos recueillis par CaféLitté à bord de la Péniche Nanna, Paris.

