Derrière le mythe de la mafia, il y a une réalité bien moins romanesque : des territoires sous influence, des économies infiltrées, des institutions fragilisées et des violences souvent invisibles. Fondée en 2024, Basset Éditions a choisi d’en faire son unique terrain éditorial, en donnant notamment accès au lectorat français à des enquêtes et travaux de référence jusqu’ici jamais traduits.
Magistrats, chercheurs, journalistes d’investigation, témoins directs : Basset Éditions construit un catalogue entièrement consacré aux mafias et à la criminalité organisée, avec une exigence affichée de rigueur et de transmission. Loin de la fascination entretenue par le cinéma et certains récits médiatiques, la jeune maison indépendante veut documenter ces organisations dans toute leur complexité : leur ancrage territorial, leurs ramifications économiques et politiques, leurs mutations et leur capacité à se fondre dans nos sociétés. CaféLitté a accueilli son éditrice afin d’échanger sur la naissance de cette maison singulière, ses choix éditoriaux et sa volonté de rendre accessibles des travaux encore méconnus du lectorat français. Une ambition résumée par sa devise : « Parce que connaître, c’est déjà résister. »
Basset Éditions est née en 2024 avec une ligne éditoriale très singulière, consacrée aux mafias et à la criminalité organisée. Comment est née cette idée ?
Elle est née d’un constat assez simple : de nombreux ouvrages de référence consacrés aux mafias et à la criminalité organisée restent inaccessibles au lectorat français. Beaucoup ne sont jamais traduits, alors même qu’ils sont écrits par des magistrats, des journalistes ou des chercheurs qui travaillent directement sur ces phénomènes et disposent d’une connaissance très précise du terrain. C’est notamment le cas en Italie, mais aussi dans de nombreux autres pays.
En recherchant moi-même des ouvrages sur ces questions, j’ai découvert des travaux remarquables qui n’avaient jamais franchi les frontières de leur pays d’origine. Certains sont pourtant essentiels pour comprendre l’histoire, le fonctionnement ou l’évolution de ces organisations. J’ai alors voulu créer une passerelle entre ces auteurs et les lecteurs francophones, afin que la langue ne soit plus un obstacle à la diffusion de leur travail.
C’est ainsi qu’est née Basset Éditions : de l’envie de faire circuler ces textes, de donner une place en France à des auteurs qui y sont encore inconnus et de transmettre des connaissances trop souvent réservées à ceux qui peuvent lire les ouvrages dans leur langue d’origine. L’idée n’était pas simplement d’ajouter quelques titres à ce qui existait déjà, mais de construire peu à peu un catalogue entièrement consacré à ces questions.
Il y avait enfin la volonté de ne pas détourner le regard. La criminalité organisée gagne en puissance, se transforme et accompagne les grands bouleversements de notre époque. Face à cela, publier des livres peut sembler bien modeste. C’est sans doute une goutte d’eau dans la mer, mais c’est ma manière d’apporter quelque chose : faire entendre ceux qui enquêtent, ceux qui savent et ceux qui ont vécu ces réalités, afin de donner aux lecteurs les moyens de porter un regard plus lucide sur le monde qui les entoure.
Pourquoi avoir choisi de vous spécialiser sur cette thématique, alors que beaucoup de maisons d’édition préfèrent diversifier leur catalogue ?
Parce que cette spécialisation est précisément la raison d’être de Basset Éditions. Lorsque j’ai créé la maison, je ne voulais pas publier quelques ouvrages sur la criminalité organisée au milieu de beaucoup d’autres sujets. Je voulais construire un véritable catalogue, avec une ligne immédiatement identifiable, dans lequel chaque nouveau titre prolonge les précédents, les complète ou apporte sur eux un nouvel éclairage.
La criminalité organisée est d’ailleurs un champ beaucoup plus vaste qu’on ne l’imagine. Parler des mafias, ce n’est pas seulement raconter des crimes, des règlements de comptes ou le parcours de quelques grands chefs. C’est chercher à comprendre comment ces organisations s’enracinent dans un territoire, pénètrent l’économie légale, investissent certains secteurs, nouent des relations avec les sphères politiques ou institutionnelles et tirent parti des fragilités d’une société. Cela conduit nécessairement à parler de justice, d’histoire, d’économie, de géopolitique, de migrations, mais aussi de corruption, d’environnement et de mondialisation.
Il n’existe pas, par ailleurs, un modèle unique de criminalité organisée que l’on pourrait appliquer partout. Chaque organisation possède son histoire, ses structures, ses règles, ses modes de recrutement et ses propres formes d’exercice du pouvoir. Elles se développent dans des contextes politiques, économiques, culturels et sociaux très différents, dont elles sont aussi, en partie, le produit. On ne peut donc pas comprendre une organisation criminelle sans connaître le territoire dans lequel elle est née, l’époque qui l’a façonnée et les relations qu’elle entretient avec la société qui l’entoure. C’est cette diversité que je souhaite explorer, en évitant de réunir sous le seul mot de « mafia » des réalités parfois très éloignées les unes des autres.
Cette ligne éditoriale répond enfin à un manque. Beaucoup de travaux importants sont publiés à l’étranger, mais ne sont jamais traduits en français. Certains restent ainsi réservés aux spécialistes ou aux lecteurs capables de les découvrir dans leur langue d’origine. Mon ambition est de rendre ces textes accessibles à un public plus large, sans appauvrir leur contenu et sans céder aux clichés.
Pour une jeune maison indépendante, cette spécialisation est aussi une manière d’affirmer une identité forte. Basset Éditions ne pourra jamais publier autant que les grandes maisons, mais elle peut choisir ses textes avec exigence, défendre chacun de ses livres avec conviction et construire progressivement un catalogue de référence sur ces questions. Se spécialiser ne signifie donc pas se limiter. Plus on avance dans ce domaine, plus on découvre au contraire l’étendue de ce qu’il reste à comprendre et à faire connaître.
Vous insistez sur une approche rigoureuse, loin des récits sensationnalistes. Selon vous, quelles sont les idées reçues les plus répandues sur les mafias que vos ouvrages cherchent à déconstruire ?
La première consiste à imaginer les mafias comme des mondes entièrement séparés du reste de la société, peuplés de criminels immédiatement reconnaissables, qui vivraient en marge des institutions et de l’économie légale. Cette représentation est trompeuse. La puissance d’une organisation mafieuse repose précisément sur sa capacité à ne pas rester enfermée dans l’univers criminel. Elle sait nouer des relations avec des entrepreneurs, des professions libérales, des responsables politiques ou des agents publics, investir dans des entreprises parfaitement légales, répondre à des marchés, recycler ses capitaux et s’insérer dans la vie économique d’un territoire. Elle peut employer, rendre des services, distribuer des avantages et construire autour d’elle tout un réseau d’intérêts et de dépendances. Sa force réside aussi dans cette faculté à se fondre dans la société et à devenir, en apparence, presque invisible.
Il faut également cesser d’employer le mot « mafia » de manière inconsidérée. Aujourd’hui, dans la presse, dans certaines émissions et parfois même dans le discours de prétendus experts, tout semble être devenu une mafia. Le terme est utilisé pour désigner indistinctement un réseau de trafiquants, une bande violente, un système de corruption, un groupe d’influence ou n’importe quelle organisation agissant dans l’opacité. À force d’être appliqué à toutes les formes de délinquance collective, il finit par perdre son sens.
Toutes les organisations criminelles ne sont pas des mafias. Il existe des mafias et il existe des groupes relevant de la criminalité organisée. Établir cette distinction ne revient absolument pas à minimiser la dangerosité ou la puissance de ces derniers. Certains réseaux criminels peuvent être extrêmement violents, disposer de moyens financiers considérables et exercer une influence internationale sans pour autant présenter les caractéristiques d’une organisation mafieuse. Une mafia possède une histoire, des structures, des règles d’appartenance et une relation particulière au territoire et à la société dans laquelle elle s’enracine. Elle ne cherche pas seulement à commettre des crimes ou à réaliser des profits : elle tend aussi à exercer une forme de pouvoir, à imposer ses normes, à contrôler des activités et à intervenir durablement dans la vie sociale, économique ou politique.
Faire systématiquement l’amalgame entre ces différentes réalités empêche donc de comprendre ce qui fait la singularité de chacune. Les mots ne sont pas de simples étiquettes : ils nous permettent de nommer précisément les phénomènes pour mieux les analyser. Employer « mafia » comme un terme générique revient à effacer les différences de structures, de trajectoires et de stratégies entre des groupes qui ne fonctionnent pas de la même manière. Certains d’entre eux se présentent d’ailleurs eux-mêmes comme des « mafias », parce que le mot est devenu une marque de puissance et de prestige criminel. Mais cette revendication ne suffit pas à en faire des organisations mafieuses au sens strict.
Une autre idée reçue consiste à penser que les mafias appartiennent au passé, qu’elles demeurent prisonnières de leurs traditions ou qu’elles restent cantonnées à leur territoire d’origine. Elles savent au contraire s’adapter, se déplacer, diversifier leurs activités et tirer parti de la mondialisation. Elles peuvent conserver un ancrage territorial très fort tout en développant des ramifications à l’étranger, en investissant de nouveaux marchés et en utilisant les outils économiques, financiers et technologiques les plus contemporains. Leur longévité tient précisément à cette capacité à évoluer sans nécessairement renoncer aux structures qui fondent leur identité.
Il faut enfin rompre avec la représentation romantique de la mafia, largement entretenue par le cinéma, les séries télévisées et certains récits médiatiques. L’argent, le pouvoir, les signes extérieurs de richesse ou la prétendue liberté des chefs criminels y sont parfois présentés comme les attributs d’une forme de réussite. Même lorsque ces œuvres prétendent dénoncer la violence, elles peuvent contribuer à la rendre fascinante, à transformer les criminels en personnages admirables et à diffuser une image profondément fausse de leur existence.
La criminalité organisée, comme les mafias, ce n’est pas une réussite sociale. C’est une violence extrême, exercée contre les individus comme contre les sociétés. Ce sont des meurtres, des familles détruites, des adolescents recrutés et sacrifiés, des commerçants contraints de payer, des entrepreneurs écartés, des travailleurs exploités, des territoires appauvris et des populations réduites au silence. C’est aussi une prédation économique qui fausse la concurrence, détourne les ressources publiques, fragilise les institutions et installe durablement la peur. Derrière les récits de fidélité, d’honneur et de puissance se trouvent surtout la contrainte, la trahison, l’enfermement et la mort. C’est cette réalité, débarrassée de ses mythes, que nos ouvrages cherchent à montrer.
Votre catalogue réunit des magistrats, chercheurs et journalistes d’investigation, dont plusieurs sont traduits pour la première fois en français. Comment sélectionnez-vous les ouvrages que vous publiez ?
Le premier critère est la solidité du travail : la qualité des sources, la connaissance du terrain et la capacité de l’auteur à replacer les faits dans leur contexte. Nous recherchons des ouvrages qui apportent réellement quelque chose au lecteur français, soit parce qu’ils abordent une organisation ou un territoire encore peu étudié, soit parce qu’ils proposent une analyse nouvelle.
La qualité de l’écriture compte également beaucoup. Un livre peut être rigoureux sans être inaccessible. Nous privilégions les textes capables de transmettre une connaissance précise tout en conservant une véritable force narrative.
Quels sont les principaux défis lorsqu’on édite des essais aussi spécialisés tout en souhaitant toucher un lectorat plus large ?
Le principal défi consiste à ne sacrifier ni la précision ni la lisibilité. Les phénomènes mafieux sont complexes : ils supposent de comprendre des structures familiales, des réseaux économiques, des procédures judiciaires et des contextes politiques parfois très éloignés du lecteur. Le travail éditorial doit donc accompagner celui-ci sans simplifier abusivement le sujet.
Il faut également lutter contre l’idée que ces livres seraient réservés aux spécialistes. La criminalité organisée concerne chacun d’entre nous, parce qu’elle touche tous les domaines de la société : l’économie, le travail, les marchés publics, l’environnement, la politique, les administrations ou encore la vie associative.
Ceux qui en tirent les ficelles ne vivent pas dans des forteresses imprenables, à distance du reste de la population. Ils évoluent au milieu de nous, fréquentent les mêmes lieux, dirigent ou investissent des entreprises et entretiennent des relations dans tous les milieux sociaux. Nous pouvons les croiser chaque jour sans savoir qui ils sont, car ils ne correspondent pas nécessairement à l’image que l’on se fait d’un criminel.
La corruption en est sans doute l’illustration la plus concrète. Elle peut s’exercer à tous les échelons, du simple agent administratif jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. Elle commence parfois par un service rendu, une faveur ou une règle que l’on accepte de contourner, avant de s’installer dans les habitudes et de créer tout un système de dépendances. C’est ainsi que la criminalité organisée pénètre peu à peu les institutions et l’économie légale, sans violence immédiatement visible et parfois même sous l’apparence de relations parfaitement ordinaires.
C’est précisément ce qui rend son influence si pernicieuse. Elle sait se fondre dans le fonctionnement quotidien de la société, exploiter les intérêts individuels, les fragilités et les silences.
Une prise de conscience collective est donc nécessaire : il faut comprendre que la criminalité organisée n’est ni lointaine ni abstraite et qu’elle ne relève pas uniquement du travail de la police ou de la justice. La connaître permet déjà de mieux reconnaître ses mécanismes, de ne pas les banaliser et de cesser de détourner le regard.
L’éditrice de Basset Éditions
Nos livres doivent précisément permettre à chacun de mieux comprendre ces mécanismes, de reconnaître la manière dont ils s’installent progressivement dans la société et de ne plus considérer la criminalité organisée comme une réalité lointaine réservée aux policiers, aux magistrats ou aux chercheurs. Les rendre accessibles au plus grand nombre, c’est contribuer à cette prise de conscience collective qui est au cœur du projet de Basset Éditions.
En quoi la littérature de non-fiction peut-elle, selon vous, aider les lecteurs à mieux comprendre les enjeux politiques, économiques et sociaux liés à la criminalité organisée ?
Elle permet d’abord de relier ce qui nous parvient de manière fragmentée dans l’actualité. Une arrestation, un procès, une saisie de drogue ou la dissolution d’un conseil municipal ne montrent qu’une partie de l’histoire. Le livre donne le temps de remonter aux origines d’une organisation, de suivre les trajectoires de ceux qui la composent, d’identifier ses alliances et de comprendre comment elle a progressivement acquis du pouvoir.
La non-fiction permet aussi de dépasser le fait divers. Elle replace les crimes dans leur contexte politique, économique et social, et montre comment une organisation s’enracine dans un territoire, infiltre l’économie légale, noue des relations avec des acteurs locaux ou profite des faiblesses des institutions. Elle fait apparaître les liens qui restent souvent invisibles lorsqu’on examine chaque événement séparément.
Enfin, elle donne des visages et une profondeur humaine à des mécanismes qui pourraient sembler abstraits. La criminalité organisée ne se résume pas à des chiffres, à des tonnes de drogue saisies ou à des montants confisqués. Elle transforme les territoires, fragilise les institutions et bouleverse durablement des vies. La non-fiction permet de comprendre à la fois le fonctionnement de ces organisations et les conséquences très concrètes de leur présence sur les sociétés.
Le slogan de votre maison est : « Parce que connaître, c’est déjà résister. » Que signifie cette phrase pour vous ?
Les mafias et les organisations criminelles prospèrent aussi grâce au silence, à l’indifférence et à la méconnaissance. Elles tirent une partie de leur force de leur capacité à dissimuler leurs activités, à banaliser leur présence et à se présenter sous une apparence respectable. Comprendre leur fonctionnement permet de ne plus se laisser séduire par leurs mythes ni tromper par cette façade.
Connaître, c’est apprendre à reconnaître ce qui se met progressivement en place : les relations d’influence, les services rendus, les intérêts partagés, la corruption, les pressions ou la pénétration de l’économie légale.
L’éditrice de Basset Éditions
Une fois que l’on comprend ces mécanismes, il devient plus difficile de les ignorer, de les accepter comme une fatalité ou de les considérer comme de simples pratiques locales. Il devient aussi plus facile de s’y opposer, de refuser certains compromis et de ne pas participer, même passivement, au système qui permet à ces organisations de s’installer.
La connaissance ne suffit évidemment pas, à elle seule, à combattre la criminalité organisée. Mais elle constitue une première forme de résistance : celle qui consiste à regarder ces organisations telles qu’elles sont, à rendre visibles les mécanismes sur lesquels repose leur pouvoir et à ne plus détourner le regard. C’est tout le sens du travail que nous voulons accomplir à travers nos livres.
Parmi les titres déjà publiés ou à paraître, y en a-t-il un que vous conseilleriez en priorité à un lecteur qui découvre votre maison d’édition ? Pourquoi ?
Je conseillerais en premier lieu Dans les coulisses de la ’Ndrangheta, de Gabriella Marà. C’est une étude particulièrement complète de la mafia calabraise, depuis ses origines jusqu’à ses transformations les plus récentes. L’autrice s’appuie sur des procédures judiciaires, des enquêtes de terrain et les déclarations de nombreux collaborateurs de justice pour en reconstituer l’histoire, les structures, les rites, les alliances et les mécanismes de pouvoir.
Le livre permet de comprendre comment une organisation longtemps considérée comme une mafia rurale, confinée aux villages de Calabre, est devenue l’une des puissances criminelles les plus riches et les plus influentes au monde. Il montre son enracinement dans les familles et les territoires, mais aussi sa capacité à investir l’économie légale, à développer des ramifications internationales et à s’adapter sans perdre ce qui fonde sa cohésion. C’est un ouvrage extrêmement documenté, mais qui reste accessible : il donne au lecteur toutes les clés nécessaires pour entrer dans un univers complexe et comprendre la ’Ndrangheta bien au-delà des images habituellement véhiculées à son sujet.

Je recommanderais ensuite L’Usure du sang, d’Antonio Zagari, parce qu’il offre une perspective totalement différente et complète parfaitement le premier ouvrage. Cette fois, il ne s’agit plus d’observer la ’Ndrangheta de l’extérieur, mais de la découvrir à travers le récit d’un homme qui en a fait partie. Antonio Zagari raconte ce qu’il a lui-même vécu : l’apprentissage des règles, le poids de la famille, les premiers crimes, l’entrée dans l’organisation, la violence et l’impossibilité progressive d’échapper au destin qui lui a été imposé.
Il n’existe sans doute pas de témoignage plus parlant pour comprendre comment on entre dans la ’Ndrangheta et ce que signifie réellement grandir dans un environnement où elle détermine les choix, les fidélités et jusqu’à l’avenir des enfants. Le lecteur ne découvre plus seulement le fonctionnement d’un système : il comprend comment celui-ci s’empare d’une existence et détruit peu à peu les individus comme les familles.
Ces deux ouvrages sont donc indissociables. Dans les coulisses de la ’Ndrangheta donne une vision d’ensemble, historique et documentée de l’organisation ; L’Usure du sang nous fait pénétrer dans la réalité intime de ceux qui la vivent de l’intérieur. Le premier explique le système, le second lui donne une voix, un visage et une histoire. Ensemble, ils constituent certainement la meilleure porte d’entrée dans le catalogue de Basset Éditions.

Quels sont les projets de Basset Éditions pour les mois à venir ? Y a-t-il des auteurs, des traductions ou des thématiques que vous souhaitez particulièrement développer ?
Je travaille actuellement à la traduction de Stidda. L’altra mafia raccontata dal capoclan Claudio Carbonaro, du journaliste d’investigation sicilien Giuseppe Bascietto. Après deux premiers ouvrages consacrés à la ’Ndrangheta, Basset Éditions quitte donc provisoirement la Calabre pour la Sicile, à la découverte d’une autre organisation mafieuse, beaucoup moins connue en France.
Le livre retrace l’histoire de la Stidda à travers le parcours et les confessions de Claudio Carbonaro, ancien chef de clan de Vittoria. Apparue au grand jour dans les années 1980, cette mafia sicilienne s’est notamment construite autour de groupes entrés en conflit avec Cosa Nostra. Elle a recruté de très jeunes garçons, parfois encore mineurs, pour en faire des tueurs et a participé à une guerre particulièrement meurtrière dans le sud de la Sicile.
L’histoire racontée par Giuseppe Bascietto possède également une dimension très personnelle : après avoir enquêté sur les frères Carbonaro et les avoir reliés à plusieurs crimes, le journaliste avait lui-même été condamné à mort par le clan. Des années plus tard, il recueille la parole de celui qui aurait pu devenir son assassin. Stidda est donc à la fois une enquête sur une mafia méconnue, le récit d’une génération sacrifiée à la violence et une confrontation singulière entre un journaliste et un ancien chef mafieux. C’est exactement le type d’ouvrage que Basset Éditions souhaite faire découvrir au lectorat francophone.
À plus long terme, je souhaite ouvrir le catalogue à d’autres continents et à d’autres traditions criminelles. Le Japon et la Chine constituent des perspectives importantes, tout comme le Mexique, la Colombie et, plus largement, l’Amérique latine. L’ambition est de construire progressivement un panorama aussi large que possible de la criminalité organisée mondiale, en donnant accès à des travaux de référence encore inédits en français. C’est une ambition considérable pour une jeune maison indépendante, mais elle correspond pleinement à la vocation de Basset Éditions : permettre de comprendre la diversité des organisations criminelles, leur histoire, leurs transformations et leur influence sur les sociétés contemporaines.

